Les chemins de Saint Jacques

Conseils pratiques et éclairages spirituels



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...le camino francés perd son 'âme'...Sous ce titre Babeth nous donne son sentiment

La remarque de Babeth, qui n'est pas isolée dans cette réflexion, nous incite à développer le sujet et donner notre propre approche de cette interrogation. En tant qu'accueillant à St-Privat d'Allier j'ouvre le débat mais d'autres webhospitaliers de notre site auront sûrement quelque chose à ajouter...Jean-Marc



Le message de Babeth

Bonjour à tous, Je suis revenue du camino francés le 29 juin, un peu déçue, énervée et triste ! C'est la 3éme année que nous faisons le chemin en Espagne, et je trouve que le chemin perd de son "âme", les pélerins poluent le chemin avec les portables qui sonnent sans arrêt, beaucoup de pélerins, le soir, ne respectent pas le silence dans les albergues, reviennent à point d'heure, généralement bourrés, mais il y a aussi les espagnols qui en ont marre des pélerins et deviennent d'année en année désagréables ; je sais, ce n'est pas partout ! En plus, les prix des albergues ont considérablement augmentés. Je pense que d'ici 20 ou 30 ans, ce chemin redeviendra oublié ou il y a aura de moins en moins de pélerins en faveur des autres.

Quand pensez-vous ? Babeth Montpellier


Nous recevons à l'accueil de St-Privat beaucoup de témoignages différents

Quelques extraits :
Michel : "...St Jacques de Compostelle terme de mon pélerinage de 72 jours de marche parfois épuisante mais remplie de joie, d'amitié et de fraternité...un réel bonheur..."
Nicole : "...mon chemin fut beau, j'ai été déçu en voyant le panneau "Santiago", en me disant c'est déjà fini..."
Jocelyne : "...St-Jacques m'a fait vivre de très grandes émotions précieuses et profondes...j'ai été élevée, portée et conduite pendant ces deux mois par l'Esprit de Dieu..."

et tant d'autres témoignages dans ce sens...

Comment appréhender alors et expliquer la déception de certains ?

Deux points me paraissent importants à développer :
- L'évolution du Chemin, de sa fréquentation et des "activités" autour
- L'évolution des mentalités des "cheminants"

Sur le premier point il est sans conteste que de plus en plus de monde se décide à emprunter le chemin qui mène au tombeau de l'Apôtre au fin fond de la Galice. Cette affluence a provoqué une invasion mercantile et une explosion des tarifs notamment des hébergements commerciaux pour touristes. Pour moi, il y a deux réponses à apporter à cette situation. Tout d'abord il me semble bien qu'à notre époque déshumanisée au maximum, beaucoup de personnes se tournent vers cette démarche de recherche sur elle-même et de partage que le Camino représente; et ma Foi me conforte dans l'idée que nul ne vient sur le Chemin par hasard. Ensuite il est important que les accueils chrétiens continuent à se développer pour péréniser l'Esprit du Camino et représenter face au consumérisme la réponse chrétienne au matérialisme ambiant, à chacun de choisir ensuite ce qu'il priorise dans ses choix d'accueil.

Sur le deuxième point je serais sans doute plus intransigeant et je m'en excuse vraiment mais je crois qu'il faut revenir sur l'esprit dans lequel on s'engage sur le Camino et ne pas se tromper de chemin :
Quand on part la première fois, chacun possède ses propres motivations profondes, qu'elles soient évidentes, cachées, avouées, refusées parfois...en tout cas le pélerin se lance et vit son "premier" chemin.
Au fur et à mesure de ce cheminement, sans doute découvrira-t-il un peu plus de lui-même, le partage avec l'autre, un retour à l'humain dans ce qu'il a de plus profond et vrai, une approche de vie très différente de ce qu'il cotoie tous les jours. Pour nous chrétiens, il ne fait pas de doute que dans ce temps particulier qu'il s'est donné, le pélerin reçoit de très nombreuses Grâces qu'il lui appartient d'accepter ou de refuser au long de son cheminemant.
Et puis vient le bout de la route et l'arrivée à St-Jacques...Là, deux attitudes peuvent intéresser notre pélerin :
- soit il ne retient que le côté particulier et riche de son temps de cheminement et son seul désir sera de repartir sur le chemin retrouver ses sensations qu'il a aimé; chacun de ses chemins successifs ne sera qu'une longue recherche d'un passé vécu qui sera forcément autre et finalement se perd dans une forme de consommation du chemin...qui ne pourra que décevoir.
- soit il comprend que le vrai Chemin "commence à St-Jacques de Compostelle", que ce qu'il a reçu sur sa route est destiné à lui permettre de faire évoluer sa vie personnelle vers autre chose qui va prendre en compte cette extraordinaire expérience d'amour et d'humanité qu'il a connu. Peut-être ne reviendra-t-il jamis sur le Camino, ou s'il y revient ce sera différamment, pour rendre Grâce, ou pour reprendre des forces...
En tout cas c'est ainsi que je l'ai vécu et compris.

Que répondre à Babeth ?

Chère Babeth, que cherches-tu en reprenant le Camino ? Pour la petite histoire ceux qui ont fait le Chemin dans les années 80 et l'ont refait entre 95 et 98 disent que le chemin a perdu son âme. Ceux qui l'ont fait dans les années 90 et recommencent en 2000 disent la même chose...La leçon c'est qu'il ne sert à rien de refaire le Chemin comme on consomme de la randonnée.
La bonne question c'est : as-tu trouvé sur ton premier chemin une réponse à ce qui t'as poussé à le faire, as-tu réfléchis après ce chemin à ce qu'il t'avais apporté, as-tu essayé de faire une relecture de ce chemin avec un guide spirituel...
En fait qu'as-tu fait de cette âme que tu y as perçu et que tu ne retrouves plus ou de moins en moins dans tes autres chemins ?
Les personnes qui sont parties cette année sur leur premier chemin ont vécu dans les mêmes gîtes et rencontrées les mêmes pélerins "pollueurs" sans que cela ne les aie dérangé dans leur pélerinage; que cherches-tu alors en reprennant ce chemin pour la troisième fois ?
Je pense que la vraie question est là, car pour ce qui est du Chemin de pélerinage, je te rassure, il a perduré à travers les siècles et traversé bien des vissicitudes et il est toujours là, peut-être encore plus utile et indispensable au siècle où nous vivons et notre Foi nous permet de penser que le flambeau n'est pas prêt de s'éteindre.
Si tu le souhaites, on peut aussi poursuivre cette réflexion en directe :
jmlucien@accueilstprivat.com
En tout cas merci d'avoir ouvert cette réflexion sur un sujet fort de l'actualité du chemin vers St-Jacques de Compostelle.
Jean-Marc




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