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Le Bourdon
Lorsqu’un pèlerin envisage de partir vers Saint-Jacques de Compostelle, il sait que pour suivre la tradition, il devra faire bénir son bourdon, lors d’une cérémonie spéciale dans l’oratoire de sa paroisse de départ.
Reçois ce bâton
« Reçois ce bâton, réconfort contre la fatigue de la marche dans la voie de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre toutes les embûches de l'ennemi et parvenir en toute tranquillité au sanctuaire de Saint Jacques et que, ton but atteint, tu nous reviennes avec joie par la grâce de Dieu. » Recevoir son bâton, c’est reconnaître avec humilité ses possibles faiblesses. Ainsi le bâton est un support permanent contre toutes les agressions, qu’elles soient physiques ou spirituelles. Pour d’autres, il ne sera longtemps qu’un simple morceau de bois qui fera office de canne le long du chemin, jusqu’à Santiago, mais qu’ils conserveront en le remerciant pour les avoir porté pendant des mois. Alors que représente-t-il ? Avez-vous remarqué que sur les gravures anciennes il a une forme spéciale qui se termine par un crochet, ou une boule ? Savez-vous qu’il a une longueur qui ne laisse rien au hasard ? Je vous propose de revisiter ce qui peut paraître évident pour certains d’entre nous. Pourquoi partons-nous ? L’appel que nous entendons va nous jeter sur le chemin de Saint Jacques et nous donner la possibilité de nous reconstruire intérieurement. Cette opération ne doit pas se faire n’importe comment, mais reprendre le processus de construction d’un édifice sacré. Ainsi, l’architecte va-t-il planter dans la terre, un gnomon, un morceau de bois, terminé par une boule, qui va lui permettre de relever les différentes ombres portées du soleil, lors des solstices d’hiver et d’été, aux deux Saint Jean, et déterminé ainsi l’angle nord-est du futur édifice. Cela donne l’orientation générale est-ouest de l’édifice et pour les cathédrales dédiées à la Vierge Marie, orientée sur le ciel du 15 août, mais cela est une autre histoire. Souvenons-nous que le bâton utilisé est terminé par une boule qui permet de matérialiser la course du soleil. Au passage, Vierge, vient du latin « virga », qui veut dire « baguette, rameau ». Pour le pèlerin, cela signifie que ses pas doivent être mesurés à l’aune du créateur. La Vierge souvent représentée avec un épi dans les bras pour indiquer son caractère nourricier, a une autre image, celle de la fée, faiseuse de miracles, porteuse alors de la fameuse baguette magique des fées de notre enfance, ce petit bâton, qui possède une étoile en son extrémité ! C’est l’Étoile Polaire, celle qui indique le chemin des pèlerins. Moi, dont l’enseigne, accrochée fièrement au devant de mon chapeau, est celle de Notre-Dame de Chartres, je ne pouvais pas manquer de vous le dire.
La longueur de mon bourdon est de 1.618 mètre, valeur du nombre d’or
la divine proportion selon le moine Luca Pacioli di Borgo dont le livre fut illustré par Léonard de Vinci, et que l’on trouve partout dans la nature. Elle fut utilisée par les bâtisseurs de cathédrales pour que l’harmonie soit totale entre le temple de l’homme et celui de Dieu. C’est dans cet esprit de semblance que la pige des Compagnons, somme d’unités anciennes : la paume, la palme, l’empan, le pied et la coudée, décore mon bâton. Au Psaume 23, dit du bon pasteur, il est écrit « …ta houlette et ton bâton me rassurent. », hors, mon bâton est en forme de houlette comme pour m’inciter à aider les brebis égarées à revenir dans le troupeau. Comme le bâton épiscopal, sa partie verticale tend vers l’En-Haut, alors que sa spirale s’enroule autour d’un centre originel que les Compagnons connaissaient bien : Un point qui va dans le cercle, Qui est dans le carré et le triangle : Connais-tu le point, alors tout est bien ; Ne le connais-tu pas, alors tout est vain ! Ce point est à la fois ce qui est à atteindre au centre de l’homme, dans sa quête intérieure, mais aussi le centre de la spirale où regardaient les augures romains pour deviner l’avenir dans la partie externe. Le mot « bâton » possède une connotation de force, mais celui du pèlerin n’est à la limite qu’une arme défensive pour tenir les chiens errants à distance. Ce qui en fait la force, sont-ce vraiment ses dimensions imposantes, ou plutôt ce qu’il représente ? L’homme qui marche, est un nomade, un itinérant qui transporte sur son dos sa maison. Partout où il s’arrêtera, où il plantera son bâton, l’endroit deviendra Centre du Monde, car tel est son pouvoir. Il est l’axe du monde tendu entre terre et ciel. Il garantit la verticalité, donc, la stabilité, la solidité du pèlerin. À la limite, le bâton est un levier qui nous permet d’accéder à cette verticalité. Il accompagne chaque pas vers l’avant, vers son destin, en s’intégrant dans le mouvement et le rythme du pèlerin. Il touche la terre, il indique le ciel ; il est, en cela, l’emblème du pèlerin lui-même, une jonction entre nos deux pôles : terrestre et céleste. C’est un symbole similaire à celui de la pierre dressée des Écritures. Entre celui rêve, la tête sur la pierre dressée et celui qui médite en marchant avec son bâton, pas de différence. Tous deux sont en communication directe avec la nature qui les entoure, toute la nature, ne faisant plus qu’un avec la création et Son Créateur.
Le bâton tendu vers le ciel, n’est pas un geste de menace
mais au contraire une supplique, un appel vers le divin, celui de Moïse sur le mont Horeb. Le pèlerin aimerait bien parfois en frapper un rocher et voir couler l’eau. Le pèlerin balance son bourdon et le fait chanter à la cadence de son pas. C’est un mantra, une prière muette au diapason de la marche. Le nôtre n’est pas la verge d’Aaron, celle de la suprématie du pouvoir spirituel sur le pouvoir royal, mais celle qui a le pouvoir de lier et de délier. De nous délier de nos passions humaines et de nous lier par notre promesse de prendre notre part de la Croix sur nos épaules. Il renvoie à la crosse de l’évêque, au bâton de maréchal et au sceptre des rois, mais le commandement implicite qu’il symbolise s’applique avant tout à son porteur. Dans cette optique, le pèlerin, n’est plus un « quidam vulgaris », mais le Chevalier intermédiaire entre Dieu et les hommes, et dont l’écu n’est pas apparent, car il ne pérégrine pas dans ce monde mais dans sa propre intériorité. Lorsque son voyage sera commencé, je dis bien commencé pour les autres, alors son écu sera enfin visible et il transmettra ce qu’il aura reçu. Il est la pour nous rappeler de ne pas avoir peur de nous perdre, de nous écarter du droit chemin, car celui qui ne fait pas d’erreurs n’a aucun mérite à se retrouver. Pour faire plaisir aux Dames de notre Association, et particulièrement à « Sœur Françoise », merci à Ève d’avoir fait croquer la pomme à notre premier homme : Adam, car sans elle, il serait resté sédentaire, sans faire avancer les choses. Dieu préfère les nomades car ce sont des découvreurs, des hommes en marche qui assument leur quête spirituelle et la concrétisent en acte. « Tout acte est prière s’il est don de soi » disait Saint-Exupéry. En arrivant au terme de ma pérégrination, j’ai satisfait au rituel et dans la Cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle, je suis passé derrière l’autel majeur pour étreindre la statue de Saint-Jacques, je l’ai remercié de m’avoir porté sur ses épaules. Je n’ai compris que plus tard, qu’il m’avait accompagné tout au long du chemin sous la forme de mon bâton. Ce bâton m’attendait sous l’ombrage d’un vieil arbre à Vega de Valcarce. Je n’ai vu que lui lorsque je me suis approché et mon cœur a tressailli : « Sage ! Pour soutenir tes vieux jours, ne demande un bâton qu’à l’arbre planté de tes mains durant tes jeunes années » Pourquoi pensais-je alors que cet arbre était le mien ? Voila terminé cet essai sur le bourdon qui nous accompagne toutes et tous. Vous le reconnaîtrez, lorsque vous le verrez car son nom est « Halte du Berger ». Cherchez et vous trouverez son porteur car son Seigneur est son Berger.
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La 15e Rencontre des Hospitaliers de Saint Jacques de Compostelle
Voici une invitation de la Communion Hospitalière Saint Jacques à participer à la 15e Rencontre des Hospitaliers de Saint Jacques de Compostelle les 11, 12 et 13 février 2012.
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