Les chemins de Saint Jacques

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Préparation au Chemin - Expérience d'un pélerin

Une approche et un témoignage intéressant



Marc le Picard-Bourguignon nous dit :

Bonjour,

Je viens de lire et bcp apprécier l'article écrit par Jean-Marc dans la rubrique "préparation" et qui répond avec bcp de justesse à la pèlerine "randonneuse et touriste".

J'ai eu le grand bonheur de pouvoir faire mon Camino l'an dernier en ne voulant pas emprunter la "via Podiensis", trop fréquentée à mon goût et puis je voulais partir avec un esprit de confiance en la divine providence ; j'ai bien fait et n'ai jamais été déçu.

Pour ce qui concerne ma préparation, j'avais eu pas mal de contacts avec des jacquets et bcp lu de témoignages sur divers sites du net. Mais pour ce qui est de ma préparation physique, je voudrais témoigner.

Je suis tout sauf sportif, à part quelques journées de chasse chaque hiver ...
Je venais d'avoir 61 ans, étais à la retraite depuis 1 an et me suis décidé à "faire mon Camino" fin janvier 2006, avec l'idée de partir en avril.
J'ai très vite pris la décision de partir de Vézelay : lieu mythique et fabuleusement beau; et puis ça me plaisait de partir en m'étant recueilli sur les reliques de Marie-Madeleine (dont l'Evangile nous dit qu'elle fut un grande pêcheresse repentie ...) pour rejoindre celles de St Jacques, disciple du Christ et Apôtre.
Conscient de mes faiblesses sur le plan sportif, je me suis donc un peu entraîné avant de partir et pour ce faire j'ai simplement marché deux fois par semaine (en moyenne) avec un sac chargé de 4 bouteilles d'eau (4 X 1,5 l) + 1 couverture (pour faire du volume et caler). Ca m'a fait perdre déjà 4 kg de graisses superflues (je pesais fin janvier 104 kg à poils).

Habitant en Bourgogne dans le grand vignoble de la "Côte Chalonnaise", la campagne est très belle et les colines assez hautes. Donc ce petit entrainement, à partir de fin février jusqu'à mi-avril, me faisait parcourir environ 15 à 20 km à chaque sortie ; ce fut suffisant. J'ai appris à beaucoup boire en marchant, de l'eau bien entendu (pas du Givry !).
Et le 21 avril, après une nuit à l'hospitalité monastique de Vézemlay, j'ai avalé ma première étape vers Varzy : 27 km pour le 1er jour. Pas moyen de faire moins en raison du peu de gîtes existant. J'y suis arrivé, crevé bien sur, mais pas au point de manquer la messe du samedi soir que j'ai eu la chance de trouver dans ce petit village de ma 1ère étape. Le lendemain j'avalais ma seconde étape de 18 km : un régal après les courbatures des 2 premiers km .

Je suis arrivé à Santiago le 19 juillet, puis à Fisterra le 23/07, heureux d'avoir parcouru ces 1750 km avec seulement 2 ampoules le 5ème jour (à cause de la flotte dans mes godasses) et un petit arrêt de 3 jours à Burgos pour cause de tendinite ( en raison de 2 jours avec du temps gris, pendant lesquels je n'avais pas bu plus de 1,5 l d'eau, n'ayant pas soif ... il faut impérativement boire au moins 3 l d'eau/jour quand on marche). Donc en résumé : 1750 km en 90 jours de marche = en moyenne 20 bornes/jour. Mais pendant les 6 premières semaines, je m'efforçais de faire 1 journée de repos tous les 7 ou 8 jours.

Par contre, une fois passées les Pyrènnées, je ne me suis pratiquement plus arrêté de marcher.
Le plus dur furent les 3 derniers jours, entre Santiago et Fisterra, en raison du manque de gîtes, qui oblige à faire des étapes de 32 et 37 km : dur dur !!!
A mon retour chez moi, je pesais 89 kg et étais heureux de pouvoir remettre mes vieux costumes devenus trop étroits depuis longtemps.

Mais le plus odieux c'est matérialisé avec la présence des "touristes espagols" qui font leur course aux tampons pour "meubler" leur crédenciale ; qui tamponnent à chaque passage dans le moindre bistrot; qui font la moitié de leur marche journalière en voiture; qui arrivent en force dans les gîtes sans respecter les files d'attente composées de "vrais pèlerins" qui ont déjà 1500 km dans les jambes en protant leur gros sac de 12 à 14 kg, et ces "touristes" prennent les meilleurs lits, sans se gêner pour parler haut et fort, refusant de respecter le silence nécessaire au repos du véritable pèlerin.
Tout ça pour obtenir cette fameuse "Compostella" en n'ayant marché que 150 km pour parvenir à Santiago... la honte ! C'est véritablement la "plaie" du Camino frances, ces touristes espagnols.

Voila mon petit témoignage. L'important n'est pas d'avoir une forme physique de chasseur alpin, mais d'avoir la "pêche" et une très bonne motivation ; ensuite la prière en marchant, c'est super efficace. Quelqu'un m'a dit : "t'as pas vu Jésus ? il te portait sur son dos hier quand tu étais crevé ..."

Ultreïa !

Marc le Picard-Bourguignon



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