Les chemins de Saint Jacques

Conseils pratiques et éclairages spirituels



Recherche
Inscription à la newsletter

Prètre-pèlerin sur la via Turonensis

Témoignage



parti vicaire de l'église Sainte-Thérese de Poitiers, il revient de Compostelle curé de Cerizay

Prètre-pèlerin sur la via Turonensis

        Grand Chemin pour petites vertus

Celui qui a une quelconque expérience de la marche sait déjà cela : la marche représente à bien des égards une école de vie et lorsqu’on en fait un pèlerinage, une école de sainteté ! Voici donc comme promis un petit traité du « grand chemin pour petites vertus ! » Cet article mériterait un plus grand développement mais la technologie et les conditions pour penser et écrire ne sont pas réunies, j’irai donc droit au but, au risque de caricaturer ou d'être impératif ! Il faut essayer tout de même...
1• Qui veut partir quelque part, doit avoir un projet, un but en soi, longtemps avant de se mettre en marche. On ne se lève pas un beau matin en se disant « tiens je vais partir un mois pour marcher... » On marche vers Santiago pour aller vers le tombeau de l’apôtre ou vers tout autre lieu de destination qui en vaut la peine... On ne marche pas pour tourner en rond ! Qui n’a pas de but dans la vie, pas de projet tombe dans la déprime ou l’oisiveté ! Comme dit st Paul « qu'il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 10)... Avoir l’idée de partir vers un lieu qui nécessite durée et résistance, permet une vraie réflexion sur le but de sa vie.
2• Il faut prendre le temps de la préparation. Se préparer physiquement (c’est peut-être ce qui m’a manqué le plus ?), préparer son sac pour ne rien oublier et ne rien porter en trop (quoiqu’il en soit, après quelques jours de marche on s’allège de tout le superflu irrémédiablement !), préparer son itinéraire, s’entraîner ; bref il faut se donner du temps et prendre de la hauteur. Celui qui part dans la précipitation prend le risque de ne pas aller bien loin ! Dans la vie qui veut aller loin, ménage sa monture ! Celui qui veut réussir sa vie et donner à sa vie un sens, doit prendre le temps de la préparation et doit y réfléchir. La raison oriente nos passions et les ordonne vers le Bien, le Vrai, le Beau.
3• Se mettre en marche ! Se confier à Dieu, demander la bénédiction de l’Eglise, prier avec ses proches... Tout ce qui va donner du sens à la marche est bon et profitable. Savoir que d’autres prient ou ont priés pour nous est toujours une force. On appelle cela la communion des saints. Tout au long du chemin, j’ai redécouvert la prière comme une vraie force. Particulièrement la présence de la Sainte Vierge et des saints... Les Ave Maria égrenés sur le chemin, soutiennent la marche et oriente l’imagination ou la mémoire ! Excellent remède contre l’ennui ou le désespoir et la tentation ! Qui n’a pas déjà fait l’expérience dans sa vie, de confier sa vie, son engagement au Seigneur ? Qui n’a jamais fait l’expérience de la fidélité dans la prière et des bienfaits de la fidélité restera imperméable à ces propos... Demandez-en la grâce !
4• La marche est une formidable formation de l’endurance et de la volonté ! Il faut tout de même marcher entre 5 et 7h par jour et surtout renouveler cet effort des jours durant et pendant plusieurs semaines... Se lever tôt, atteindre l’étape, s’arrêter régulièrement pour reposer le corps ou les pieds, mais ne jamais s’arrêter trop longtemps au risque de ne pas pouvoir repartir ! Prendre du repos et des loisirs est légitime ! Abuser et se fourvoyer dans des plaisirs futiles s’appellent de l’hédonisme et n’est pas compatible avec l’école de la sainteté ! La marche nécessite une vraie volonté et une liberté intérieures pour décider de repartir coûte que coûte, si l’état physique le permet !
5• Forcément vous ne trouverez jamais 1450km sans relief !!! Il y a des hauts, des bas, des contournements, des chemins de traverses, des impasses... Bref c’est une belle école de la vie : elle n’est jamais ou très rarement une mer d'huile ! Il y a des soubresauts, des moments heureux et des périodes plus douloureuses.... Le principal c’est de tenir sa boussole ou de se caler sur les flèches jaunes du camino et de se laisser mener... Celui qui ne sait pas où il va, risque de ne retenir dans sa mémoire que les côtes du camino !
6• Mettre un pas derrière l’autre à l’école des petits « oui » ! Je pense qu’aucun martyr n’a pu donner sa vie au but ultime, s’il n'a pas appris à prononcer des petits oui quand tout allait bien, non ? Choisir de partir le matin, de mettre les pieds en avant pour avancer, se donner un petit but dans la journée (décider ou l’on va s’arrêter le soir), et repartir, même si le pas se fait lourd, cela permet de prononcer des petits oui successifs pour être capable de prendre des bonnes décisions pour le durable ! On parle de crise de l’engagement ou de crise de la fidélité ? Mais qui a été à l’école du sens de l'effort ? Ou apprends-t-on aujourd’hui à « mouiller sa chemise » pour des petits efforts physiques ou moraux qui formeront le caractère ? Apprends-t-on encore à nos enfers (correction : « enfants » !!! Cf. commentaire de Catherine…) le travail bien fait et accomplis jusqu’au bout ? Quelle école de la vie....
7• Aller jusqu’au bout et ne pas abandonner pour de fausses raisons... J’ai croisé deux pèlerins qui ont arrêtés en cours de route pour des raisons fallacieuses : quel dommage ! Quelle joie d’arriver au but que l’on s'est fixé ! Quelle récompense !
8• Savoir s’arrêter ! Il faut savoir mette un terme à une période exaltante. Certains ne savent pas redescendre de la montagne et ont du mal à raccrocher avec la vraie vie ! Le camino est une expérience en soi, mais aussi grisante soit-elle cette expérience de liberté de fraternité, de charité, de foi, de simplicité, d'humilité, (etc...) doit avoir une fin ! Il faut savoir retourner chez soi et reprendre l’ordinaire de la vie, de ses relations, de son travail ! L’extraordinaire se cache dans l'ordinaire !
9• Savoir rendre grâce ! Remercier Dieu premier servi ! Remercier la Sainte Vierge et tous les saints. Remercier les bons Samaritains (si cela est possible) que nous croisons sur le chemin. Rendre grâce pour cette si belle expérience, qui remplit notre mémoire de bons souvenirs !
10• Attendre paisiblement... Des pèlerins croisés sur le camino le parcouraient à la recherche d’un discernement quelconque et pestaient lorsqu’il n’arrivait pas ! Les fruits escomptés sont arrivés parfois : Deo gratias. Parfois non : ils peuvent venir plusieurs jours après, voire plusieurs semaines après... C’est le double effet jacquaire ! L'effet boomerang de la grâce du Seigneur : des effets proches, des effets lointains ! Il nous faut entrer dans le temps de Dieu qui n’est pas le nôtre !!


vers le blog du Père Charles FASILLEAU
http://viaparisiensis2012.blogspot.f
r
 

Jean-Jacques PAGERIE
Lu 775 fois