Des jeunes pris par le chemin

 

Bruno GENET, aumônier du centre pénitentiaire de Vivonne, raconte son expérience des chemins de St Jacques qui a commencé avec  des jeunes de l’institut de Guron, leurs éducateurs et institutrice,  avec leurs poneys et leur âne.

Tout a commencé en juin 2001 lorsqu’un groupe de 12 jeunes accompagnés par leurs éducateurs emprunte les chemins de Compostelle à pied avec leurs 2 poneys bâtés. Cette randonnée de 10 jours a pour objectif une découverte personnelle, collective, et culturelle. Il n’était prévu de parcourir par les petits chemins, que les 170 Km qui séparent l’institut de Guron, de Jarnac en champagne en Charente en passant par Aulnay et Saintes. Mais ce séjour allait réserver bien des surprises tant pour les jeunes que pour leurs éducateurs… Le principe du camp était le suivant : une équipe marchait le matin avec leurs 2 poneys qui portaient, eau, pharmacie, encas etc. Pendant que l’autre rangeait, préparait le pique-nique et visitait. À midi, les deux équipes se retrouvaient et partageaient le casse-croûte et l’on changeait. Ainsi chacun participait à la fois aux taches du groupe et à la marche. Chaque soir autour de la guitare, nous rédigions notre carnet de route.

Étonnant ce chemin !!! Où les rencontres furent riches et simples à la fois.

Étonnant ces enfants qui n’ont pas rechigné à l’effort, pourtant les épreuves n’ont pas manqué :

Météo capricieuses, topographie aléatoire et la fatigue.

Étonnant ce plaisir indescriptible d’être ensemble et solidaire.

Étonnant cet accueil souvent simple mais toujours chaleureux.

Étonnant la richesse de nos campagnes, de notre patrimoine pour peu que l’on ouvre les yeux, les oreilles et son esprit.

Et puis étonnant : le bilan final de ce premier séjour sur les chemins de Compostelle où tous sont unanimes pour exprimer leur bonheur et surtout leur envie de poursuivre si possible l’année d’après.

Juillet 2002, nous repartirons pour 13 jours. Cette étape sera tout aussi étonnante, 220 km à travers la Gironde et les Landes en zigzag car il n’est pas simple de trouver un hébergement pour 16 personnes surtout lorsqu’elles sont accompagnées de 2 poneys. Cette deuxième étape sera tout aussi riche.

De retour à l’institut, il ne se passera pas une semaine sans que nous n’évoquions d’une manière ou d’une autre notre périple : LE CHEMIN NOUS A PRIS !!! Fort  du soutien de la direction et  des administrateurs nous irons jusqu’à la frontière c’est promis. On se prend à  rêver de l’Espagne mais les difficultés sont d’un autre ordre (langue, administratif et logistique).

Pourtant, ce rêve va prendre forme. Notre expérience et l’engouement que suscitent nos séjours décident une collègue institutrice à tenter l’expérience pédagogique. Pendant l’année, la classe apprendra l’histoire, la géo, la langue etc. Certes de manière simple mais pragmatique, chaque jeune dispose de son propre carnet de voyage qu’il remplira à sa guise de dessins, d’adresse etc. Ce sera aussi l’occasion d’éduquer notre nouveau compagnon MOÏSE un tout jeune âne.

Le 4 mai 2004, nous passons la frontière… L’intensité n’a pas faibli bien au contraire, l’Espagne et le « camino frances » nous réjouissent, la barrière de la langue n’en est pas une. Pour les jeunes, la découverte de cette autre culture est totale et riche en enseignement.

En 2005, la perspicacité de notre institutrice nous permet de correspondre avec des jeunes d’une école espagnole et chose formidable, nous les retrouverons tous les ans lors de nos passages.

19 Mai 2007, ultime étape où nous  réussissons à réunir pour la dernière marche, les ¾ des jeunes qui se sont relayés pendant ces 7 années et qui nous conduit sur le parvis de la cathédrale, où des larmes de bonheur perlent aux coins des visages..

Et puis, moment d’émotion au cap Finistera où nous jetons à la mer les colliers que nous avons portés et qui renfermaient notre petit secret.

Au total : 1353 kms auront été parcourus par 58 jeunes, 9 accompagnateurs, 2 poneys et un âne en 59 étapes de marche, soit une moyenne de 23 km par étape. Mais à ce total s’ajoute celui de nos souvenirs, de nos émotions, de nos rencontres, de nos rires et de nos peines et qui sera porté en chacun de nous pour longtemps. ULTREÏA.

Bruno GENET

L’institut de Guron
Depuis sa fondation, en 1924, l’association Saint-Louis de GURON vient en aide aux enfants dans la souffrance pour leur apporter aide et réconfort. Elle agit dans le respect des valeurs chrétiennes qui furent celles de ses fondateurs. Disposant d’une propriété à GURON, elle la met à la disposition d’un établissement de soins qu’elle gère. Après un préventorium, puis un aérium et un centre éducatif, elle gère aujourd’hui un Institut Thérapeutique, Educatif et Pédagogique (ITEP).
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Publié dans Témoignages, Vie sur le chemin