Le clou du charpentier

J…. est Québécois. Il a cinquante ans environ. Il se raconte au cours d’un partage : « pour des raisons qu’il ne pouvait alors s’expliquer, il a ressenti un besoin irrésistible de partir pour Saint Jacques. Il a pris trois mois de congé sabbatique, a fait son sac et s’est envolé vers la France.

pelerin au pied de la croix Parti du Puy, il a cheminé difficilement. Il ne savait pas ce qui était le plus lourd : les 20 kg de son sac ou la haine qu’il portait pour son père, aujourd’hui décédé, qui lui a fait subir dans son enfance « des choses effroyables » !. Issu d’une famille jadis très fervente, ayant donné plusieurs prêtres à l’Eglise, il a, comme une majorité de ses compatriotes, laissé tomber tout lien avec l’Institution. Seule subsiste sa grande affection pour une très vieille religieuse, supérieure d’un ordre aujourd’hui disparu. Celle-ci le suit avec amour depuis sa tendre enfance et l’a encouragé à prendre la route. A plusieurs reprises, il a été tenté de faire demi-tour. Chaque fois, l’image de cette religieuse lui est venue à l’esprit et l’a poussé à continuer. Etrangement, au fur et à mesure qu’il avançait, la haine pour son père, certes toujours présente, se faisait moins lourde comme simultanément s’allègeait le poids de son sac bien que resté à 20 kg.

Arrivé à la « Cruz de Fero », cette « Croix de Pierre » où selon la tradition, le pèlerin dépose la pierre symbolisant le « mal » qui l’a fait partir, J… subitement s’effondre en larmes. Il pardonne à son père. Il lui demande pardon pour la haine qu’il lui a portée jusqu’à sa mort.

j… se penche alors pour prendre une pierre qu’il veut porter à Santiago. Mais dans cet amoncellement de cailloux, unique de son espèce, c’est un clou, un gros clou de charpentier qui lui reste dans la main.

clou de charpentier

Bouleversé J… comprend que son père, charpentier de son état, lui fait signe : signe que par le pardon donné et reçu il est entré dans la lumière éternelle !

Arrivé à l’étape, avec Skype, J…. se met en relation avec sa vieille mère. Atteinte d’un profond Alzheimer, elle a perdu la tête. Mais ce soir, elle comprend tout ce qui lui est dit. Ses larmes de joie se mêlent à celles de son fils. Elle sait son mari pardonné !

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