Procession de saint Fleuret

Ils sont une dizaine. Les hommes le béret ou la casquette à la main, les femmes, la tête couverte d’un foulard ou d’un chapeau, qui demandent cette bénédiction dans la sacristie de l’église d’Estaing en ce premier dimanche de juillet de l’an …, il y a quelques temps déjà, et encore maintenant.

Procession de saint FleuretIls sont venus de loin pour certains, du nord Aveyron, du sud Cantal. Ceux-là ont quitté la ferme après la traite et même la veille au soir et ont parfois parcouru 60 kilomètres pour ce pèlerinage annuel.
Par petits groupes, ils vont se succéder dans la sacristie, accueillis par des prêtres pour recevoir la bénédiction qui sanctifiera le pain ou la fouace pour les gens, le sel pour les animaux. Ils sont venus pour cela, tout au moins c’est ce qu’ils affirment.
Voilà ce qu’il en était il y a quelques temps encore, quant les nombreuses vocations faisaient d’Estaing une paroisse à part entière. A cette époque, pas si lointaine, nos agriculteurs, pèlerins d’un jour, assistaient ensuite à l’une des nombreuses messes qui, d’heure en heure, étaient dites depuis 7 heures le matin.

Qui donc invoquaient-ils ? Saint Fleuret bien sûr !

“Prions ensemble. Dieu qui sanctifie tout par ta Parole, répands ta bénédiction sur ce pain et sur ce sel que tu nous a donnés pour répondre à nos besoins d’hommes. Fais que tous ceux qui en useront reçoivent de toi, par l’intermédiaire de ton Saint Nom et par l’intercession de Saint Fleuret, la santé du corps et de l’âme, par le Christ Notre Seigneur. Amen.”

Qui est Saint Fleuret ?

Résumons les écrits le concernant, fruits des recherches du doyen Dijols curé d’Estaing, et rédigés vers 1947.
St-Fleuret, on le constate, fut orné des qualités de l’esprit et des dons de la grâce dans une large mesure.
Cependant ni son berceau, ni sa généalogie ne sont bien connus. Il vint au monde vers le VII siècle, au sein des montagnes dont il fut plus tard l’apôtre. Peut-être était-il issu de cette noble famille d’Estaing qui se faisait un honneur de le placer parmi ses parents, et dont elle a gardé le portrait dans la galerie de ses ancêtres.

La légende prétend que ce Saint était sans doute évêque régionnaire d’Auvergne, ce qui permettrait de comprendre l’homonymie avec Saint Flour qui serait alors la même personne.
Toujours est-il que, dès ce monde, Dieu glorifia son serviteur du don des miracles. On raconte qu’un aveugle recouvra la vue après s’être arrosé les yeux avec l’eau du lavabo de la messe dite par Fleuret. Plusieurs boiteux d’Estaing cessèrent de claudiquer grâce à lui, etc.
L’histoire ou la légende dit encore que ce saint homme fut appelé, avec quelques confrères, par le Pape, qui pourrait être Boniface V, à Rome, ce dernier inquiet des conséquences de l’hérésie arienne.
Au retour, il s’arrêta à Estaing le jour de la Pentecôte, pour quelques jours de repos. Ils furent marqués de force prédications pleines de zèle et de miracles éclatants. Après quinze jours, il y fut pris de fièvres et y fut appelé par le Bon Dieu, huit jours plus tard.
L’on comprend que, à Estaing, sa mémoire ait toujours été en vénération pour la sainteté de sa vie, et les miracles les plus éclatants qui sont venus le recommander de plus en plus à la ferveur des fidèles.
Ce n’est que beaucoup plus tard que la translation de la majeure partie de ses reliques fut effectuée, après qu’elles furent reconnues les 7, 8 et 9 septembre 1880, à Rodez. Le père Dijols nous dit qu’elles arrivèrent à Estaing le 12 septembre 1880, en présence de trois évêques (Rodez, Marseille et Clermont), rien moins !

Procession de saint Fleuret

La fête de la Saint Fleuret

Le culte à St Fleuret comprenait bien des offices tout au long del’année. Il en reste essentiellement maintenant la fête du premierdimanche de juillet.
Lui trouver une origine dans le passé paraît difficile. Cependant lapremière reconnaissance officielle semble être faite par Mgr Croizierqui en fait la description en 1841, alors qu’il n’était pas encoreévêque de Rodez. Puis en 1880, l’abbé Servières nous la décrit à sontour et enfin, le père Dijols, en 1945, telle qu’elle était en 1939.
C’est une longue procession pour un si petit village. Elle n’en attirepas moins du monde d’ici et d’ailleurs, visiteurs, touristes etJacquets de passage ou de retour.
Il en est encore ainsi ce 6 juillet 2003. A la messe l’église est troppetite et bien que les ciboires soient largement pleins il a fallufractionner les hosties pour satisfaire tous les communiants au Corpsdu Christ.

Puis après la Sainte Messe la procession s’est formée. Descendants duchâteau, en tenue variée selon les genres et les époques représentées,nous avons pu voir ; reprenons la description qu’en fait notrenarrateur à propos de 1939, car encore ce 6 juillet elle sembled’actualité :

Procession de saint Fleuret– Le suisse, de rouge habillé, portant hallebarde, règle la marche, à pas lents comme un recteur suivi de quatre facultés.
– St Joseph, en toge, fleur de lys à la main conduit l’Enfant Jésus,habit blanc, couronné. St Pierre, en toge, porte les clefs du Paradis.St Paul, lit l’évangile dans une grosse bible.
– Une petite troupe suit comprenant le Pape, un cardinal, plusieursévêques, des moines barrette haute et conique, à la mode au moyen âge.
– Un groupe de pénitents en cagoule bure bleue et pénitentes coiffées de blanc.
– St Jean Baptiste, pieds nus. Il conduit en laisse un mouton qui guide un enfant.
– Quelques pèlerins de Compostelle, robe de bure, bourdon, calebasse.Ils sont coiffés d’un tricorne et portent sur les épaules un camail debure semé de coquilles.
– Quatre anges portent par des cordons rouges une couronne de feuilles d’or.
– Quatre archanges, pieds nus, ailes déployées. St Michel est le typecéleste le plus remarqué car, les bras en croix, il tient à senestre(gauche) la balance de la justice divine et à dextre (droite) le glaiveflamboyant qui précipite le dragon en enfer.
Et juste derrière le dais, porté par quatre diacres en dalmatique,abritant la chasse et les reliques du saint. Il a descendu les marchede l’église, après la messe, et été accueilli par tous les personnagesci-dessus qui le précèdent maintenant.

Le clergé local est immédiatement derrière le dais. Suivent ensuite lesdignitaires de la famille d’Estaing, par ordre chronologique et dignité:

– Le cardinal Pierre d’Estaing, accompagné d’un caudataire et d’unporte bannière. Il porte chapeau pourpre à glands, cape de mêmecouleur. Il fut évêque de St Flour 1331, archevêque de Bourges 1368,Cardinal des papes en Avignon 1370, etc…, et oeuvra pour le retour àRome de la papauté.
– Suivent Dieudonné d’Estaing, en 1409 évêque dans la Drôme ; le BxFrançois d’Estaing, évêque de Rodez (1460-1529) ; Joachim, évêque deClermont 1614 ; Joseph d’Estaing Saillans, évêque de St Flour 1693-1742; Jean-Pierre d’Estaing, dom d’Aubrac 1437. lui est tout de blanc vêtu,comme les moines d’Aubrac. Et enfin Antoine d’Estaing, frère deFrançois, évêque de Rodez.
Après les personnages de l’histoire, se placent maintenant, s’ils sontvenus, le ecclésiastiques venus du diocèse. Puis le conseil municipal,maire et adjoints ceints de leur écharpe tricolore.

Puis les illustres personnages historiques des comtes d’Estaing dontDieudonné qui sauva la vie de Philippe Auguste à la bataille deBouvines (1204), Guillaume, Jean III, Gaspard, Charles-Henri amiral deson état qui fut décapité par la Révolution, dernier représentantmasculin de cette illustre famille.
Pour clore cette procession viennent des jeunes ou très jeunes fillesproclamées Vierge Marie, Marie-Madeleine, martyres, pénitentes, etc…
La procession déambulera une heure dans les rues de notre joli village pour s’achever pratiquement là où elle a commencé.

C’est un grand moment pour notre Saint. Il a maintenant devant lui StMichel, sa balance et son épée de justice. Et la balance penche du boncoté, évidemment. Alors, largement, St Michel trace une immense croixde son épée dans le ciel et, reconnaissant la sainteté de Fleuret, lecoiffe de la couronne des élus. Grand moment d’émotion dans le village.St Michel s’incline pour vénérer les reliques. Dans la même démarche,il est suivi par les anges et les archanges, puis par les pèlerins deCompostelle.

Tambours et clairons se font entendre.
Puis le dais retourne à l’église et Saint Fleuret retrouve sa chapelle.
Une heure s’est ainsi écoulée dans le village.

Maintenant la fête profane qui a déjà pris les devants depuis hier peut recommencer.

D’après les écrits du père J. Dijols curé doyen à Estaing en 1947
et les cérémonies vécues de ce 6 juillet 2003

Yves

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  • (communauté chrétienne de laïcs) 8 rue du collège – 12 190 Estaing - 05 65 44 19 00 Offices communautaires : Laudes 7h15 (dimanche 8h15) complies 21h Chapelet 14h (sauf vendredi et dimanche) Adoration du Saint Sacrement 14h le vendredi 16 places en dortoirs – invitation au repas du soir et pt déj. Réservation la veille pour…
  • Si certains ne se la posent même pas, dans un sens comme dans l'autre, la question tourmente bien des pèlerins, et mérite en tout cas de se la poser / peser si l'on n'a pas déjà sa propre réponse (que je ne prétends pas donner tant les situations de chacun sont particulières). J'omettrai toutefois d'emblée…
Publié dans Vie sur le chemin -