Récit d’un pèlerin

Ceci est le journal de mon premier pèlerinage le Puy / cap Finisterre. Le texte a été écrit au jour le jour durant la marche. Je reconnais manquer parfois de miséricorde envers les pèlerins à la semaine et j’en demande pardon à ceux qui en seraient offusqués. J’ai avalé l’Espagne en 15 jours, avec des pointes à 60km, au point qu’avec mes 15 tampons espagnoles, on a hésité à me remettre la compostella. Bonne lecture

Pèlerinage de saint Jacques. Le Puy-en-Velay / Santiago-cap Finisterre. 25 mars/ 12 mai 2001.
A mon grand-père,
Préambule. Dimanche 11 mars
Le pire temps de dimanche qu’il puisse se faire ! Ces choses là, d’habitude, lorsque l’on vit à Brest, on les ignore avec superbe, surtout le dimanche où l’on peut rester chez soi à somnoler sur un polar tandis que le ciel s’époumone en vaine tempête. Mais aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres, car je suis sensé prendre mon bâton de pèlerin et me mettre en route pour Compostelle. Je suis seul dans la maison de mes parents, au Relecq, ce qui fait déjà 5 km de gagné par rapport à Brest. Midi, les derniers préparatifs sont bouclés, Kway poncho, bâton, sac sur le dos, en avant marche. Je n’ai pas passé le pont de Plougastel et je suis trempé. Mes pieds font floc à chaque pas, mais foi de breton, Santiago, c’est par-là. Au bout de 3 km, en faisant l’inventaire mental de mon sac, je m’aperçois que j’ai oublié ma montre, le chargeur du téléphone et deux ou trois bricoles importantes. Pas grave me dis-je, il sera toujours temps d’aviser. Au fil des pas, tous comptes faits, cela prend une importance croissante. Vient le soir et une éclaircie. Je suis à l’Hôpital Camfrout. Le curé me donne les clés de la salle paroissiale, première nuit avec les chaussettes suspendues aux convecteurs à fonds. Le matin tôt, un demi-tube de lait concentré et ça repart. Je passe le Faou. J’essuie grains sur grains et mes pieds sont dans un fichu état. A 10km du Faou, je me pose dans un champ en bordure de la 4 voies pour regarder de plus près. De belles ampoules ! Vous connaissez le remède de grand-mère : on perce et on laisse un fil. Erreur fatale. Impossible de faire un pas de plus ! Je suis là comme un imbécile à peine parti et pas trop fier. Il est beau l’aventurier. Heureusement que personne n’est là pour se foutre de moi. Un nouveau grain et les dernières parcelles de vêtements que j’étais parvenu à maintenir au sec dégoulinent. Il y a la montre et le reste, … En deux enjambées je suis sur la 4 voies et vingt minutes plus tard, de retour au Relecq. Un saut chez « go sport » où j’investis dans une paire de chaussures taille 43 pour mon 42 fillette. Je paye cher ce premier départ en baskets trop ajustées ! Il faut aussi que je trouve une solution pour la pluie. Et si je marchais en bermuda ? Ainsi l’eau qui coule du poncho ne mouille que les jambes nues qui sèchent tout de suite. Une paire de guêtres, un deuxième bâton pour adopter le pas du skieur de fond et le tour est joué. Ces options se sont avérées payantes. Je n’ai plus eu à vraiment souffrir de la pluie ou de la neige tout au long du voyage. De même, marcher avec deux bâtons permet une réelle économie de mouvement et soulage la colonne vertébrale d’une bonne part du poids du sac.
Mardi 13, il fait presque beau, je repars en stop jusqu’à ce fameux coin de 4 voies de la veille. Ce faux départ m’a permis de repenser complètement mon sac qui est plus léger. Je me sens bien. A la fin de la journée, je suis sur la berge du canal de Brest à Nantes où je plante ma tente.
Vendredi 16, je me sens un autre homme, je suis heureux comme rarement je l’ai été. Quelle belle marche le long du canal. La nature est superbe. Tout va bien à part les pieds qui me font encore un peu souffrir, mais c’est supportable. Il est midi, je fais une pose casse-croûte et écoute mes messages.
Mon grand-père est mort hier.
Il me faut moins de deux heures pour rentrer à Brest en Stop.

Le vrai départ. Dimanche 25 mars
Toute la semaine est très prise à s’occuper de choses et d’autres, la famille réunie, les neveux. Le voyage vers Compostelle me paraît loin, à des années lumières. Cette histoire m’a neutralisé dans mon élan, il est temps de prendre une décision importante. Le vendredi, je décide de prendre le large un bon coup pour faciliter mon nouveau départ. C’est ainsi que je débarque au Puy-en-Velay après une nuit dans le train. Il fait beau, cela change de la pluie bretonne. Je retrouve mes marques de la semaine passée, l’appel du large et le grand souffle de liberté. Après la messe à la cathédrale, je prends la route à 12h20, direction Santiago. Il me faut quelques km pour trouver le Gr 65 dont j’ai raté le passage à travers la ville. Maintenant j’y suis et plus rien ne pourra m’arrêter. Malédiction ! Le soir tombant, un énorme grain de grêle me rince de la tête aux pieds. Le gîte de Montbonnet n’est pas encore ouvert. Les nouveaux gérants, un jeune couple sympa, sont en pleins travaux. Vu le temps, ils me laissent squatter dans une pièce en chantier. Je dors sur une table devant un feu de cheminée réparateur.

Lundi 26
Je passe Saugues de 3 km. C’est le pays de la bête du Gévaudan. Une fois la Tente plantée dans un sous-bois sur un tapis de mousse, je pars à la recherche de traces de loup et ne lève qu’un énorme lièvre. Il fait beau. Ma petite radio me tient compagnie. Déjà une ampoule. J’ai dû faire 25 km et je suis fourbu. Tous les soirs, il en sera ainsi. La forme aidant, j’allongerai les distances, quelques km de plus chaque jour jusqu’à n’en plus pouvoir, au point qu’à chaque fois, je serai surpris d’être en état de repartir le lendemain.

Mardi 27
Je passe par le Sauvage ; vraiment sauvage comme endroit en effet. Il est trop tôt pour s’arrêter dans ce gîte. Je déjeune à la chapelle st Roch où je laisse un mot sur le cahier. Finalement, j’atterris au gîte de l’hôtel du centre à St Alban. Linge lavé, douche et soin des pieds, c’est le paradis. Je suis seul. Une femme entre. Erika, une suissesse de 62 ans qui vient de son pays lointain à pieds et va à Santiago. Elle marche depuis trois semaines ! Je suis le premier pèlerin qu’elle rencontre depuis son départ. Elle a plein de choses à me raconter sur son voyage si long déjà. Les mots se bousculent avec passion dans son français à l’accent germanique. J’ai l’impression de débarquer sur son île déserte où elle est naufragée solitaire depuis quarante ans. Nous achetons une bonne bouteille pour fêter cette rencontre.

Mercredi 28
Nous marchons ensemble dans un décor brumeux magnifique. Elle est super entraînée et me tire jusqu’à Rieutort, ce qui fait environ 40 km. Je ne peux plus faire un pas. Tous les gîtes alentour sont fermés. La suissesse est désemparée ; c’est la première fois depuis son départ qu’elle ne trouve pas au moins un hôtel. Elle est prête à faire 5 km en voiture pour aller à Nasbinals. Moi, j’y suis, j’y reste. Finalement, tout s’arrange. Nous nous installons dans le vieux four du village sur un épais matelas de paille. Il y a une bouteille de pastis presque pleine, un peu d’eau de source par-dessus… un gamin nous apporte une bouteille de vin, c’est la fête ! La pèlerine découvre l’aventure et n’en revient pas. Dehors, il se met à pleuvoir, puis à neiger. Nuit excellente.

Jeudi 29
Tout est blanc et il fait un gros mauvais temps froid. Un grésil piquant frappe le visage à l’horizontal. Petite marche jusqu’à Nasbinals où nous prenons le plus infâme café de la terre. Ami pèlerin, il convient d’éviter le bar en face de l’église, le premier en arrivant, celui avec la mère et la fille. Pas aimables, voire odieuses. Elles arnaquent les clients sans vergogne en réutilisant plusieurs fois la même dose de café ! Si si, j’ai observé en douce. Le plateau de l’Aubrac est perdu sous la tempête de neige, mais cela ne nous effraie pas. Tout de même, il vaut mieux être deux. Le chemin disparaît parfois sous les congères, mais nous avançons comme si nous étions sur une autre planète. A Aumont, tous les restaurants sont fermés, impossible de goûter l’aligot. Nous faisons une rencontre surprenante dans ce bled désert. Une femme d’un pays étrange, la Mandchourie m’apprend-on plus tard, nous introduit dans une grande maison pleine d’œuvres d’art. Nous sommes installés dégoulinants et crottés sur des tapis persans et une très belle fille de conte de fée nous sert le thé. Au soir, du rêve plein les yeux, nous arrivons au gîte d’étape de St Chély. Décidément, l’arnaque du pèlerin est un sport dans la région ! L’aligot du relais St Jacques, snack bar, Rosette V, 12470 St Chély d’Aubrac, n’est qu’une vulgaire purée mousseline mal servie avec un demi bout de saucisse. On sort avec la faim au ventre, avec la haine aussi ! Amis, n’y allez pas.

Vendredi 30
Beau temps. Nous marchons jusqu’à Espalion. Après ces quelques jours de nature, c’est un peu le retour à la civilisation. Erika va au gîte à 1 km. Je reste en ville et m’installe dans une salle de catéchisme. La nuit est bonne, j’ai un matelas et tout le confort. Il manque juste une douche.

Samedi 31
Départ tôt. Vers 11 h, je retrouve Erika sur une terrasse de café ensoleillée. Arrive un autre pèlerin, canadien, qui a mis 10 jours pour arriver là depuis le Puy. Il cherche quelqu’un pour marcher avec lui, mais le type avance comme un escargot… Nous repartons, Erika et moi. Une côte jusqu’à Colinhac. Elle reste au gîte, je continue et plante ma tente trois km plus loin en bordure du chemin, face au soleil couchant.

Dimanche 1 avril
Réveil, pliage, petit dèj. Un beau soleil se lève. J’entends des pas sur le sentier. Erika apparaît et me cueille au passage. Aujourd’hui est un grand jour. Ce soir nous serons à Conques, fin de ma première grosse étape et de ma première semaine. Nous attrapons la messe de 11h à Sennergue et repartons presque en marche forcée, tellement il nous tarde d’arriver dans le lieu mythique. Enfin nous y voilà. Le frère Paul-Emmanuel nous accueille à l’abbaye. Cela restera un excellent souvenir. Quelle belle première semaine !

Lundi 2
Je pars seul. Erika a retrouvé sa belle sœur et prend avec elle un jour de repos chez les frères. La route est pénible. Goudron et encore goudron. En plus, je double de drôles de pèlerins partis de Conques, sans sac, escortés par une camionnette. Vacances de pâques oblige. Cela laisse présager ce que sera l’Espagne et rompt le charme de cette marche si bien commencée. Pour ne pas les voir le soir, je pousse jusqu’à Montredon et me fait ouvrir la salle paroissiale par un curé ronchon qui d’habitude, ne reçoit pas de pèlerins, sinon « je ne m’en sortirai plus ».

Mardi 3
Je passe Figeac où je n’ai pas envie de m’attarder pour plein de raisons. Je ne me sens vraiment pas une âme de touriste. Le fait de passer sans s’attacher convient mieux à mes besoins du moment. Je goutte fortement cette liberté du pèlerin qui possède toutes les richesses de la terre et toute la paix du monde. Plus prosaïquement, j’ai les pieds trempés à cause d’un chemin herbeux qui fait faire au moins 10 km de trop en contournant des champs. Je pousse jusqu’à Beduer où je plante la tente. Petit tour au café du village. En sortant, vision d’horreur, je tombe sur la famille camion. Ils ne finissent pas les étapes et continuent en véhicule. Nul !

Mercredi 4
J’ai les jambes lourdes comme du plomb. Crachin et pluie. Le chemin est superbe. Terminé pour le goudron. Je m’installe au gîte de Cajarc où arrive peu après la famille camion. De plus en plus énervant ! Qui arrive aussi ? Erika, qui a fait Conques Figeac d’une traite hier, 50km ! Elle en a pleuré de fatigue me raconte-t-elle. Nous repartons ensemble pour le meilleur et pour le pire.

Jeudi 5
Vaylats. Après un beau sentier tout du long, nous débarquons au couvent des sœurs. Les bonnes sœurs pour lesquelles rien n’est simple, aigries et tordues. Erika se fait engueuler parce qu’elle n’a pas réservé. Quant à moi, je regarde la scène d’un air amusé et me prépare à planter ma tente un peu plus loin. La sœur se met à m’engueuler aussi et fini par me coller dans une chambre sans me demander mon avis. La chambre, mais pas le repas ni la douche… il ne faut pas prendre le couvent pour un lieu de charité. C’est un hôtel payant, un point c’est tout. Elles n’ont jamais manqué de rien, et sont devenues des petites bourgeoises ridicules. Cela dit, j’ai bien dormi et mieux mangé que les pèlerins payants qui n’ont eu droit qu’à une dînette surgelée. La famille camion y était. Ils ont fini l’étape en camion.

Vendredi 6
Passé Cahors de trois crêtes. Tente plantée au pif sur le premier terrain ad hoc, un peu en pente, mais ici, il n’y a que ça, des pentes. J’ai un coup de barre et les pieds fatigués. Cahors est une ville bruyante à la circulation dense et à la faune peu engageante. Comme à Figeac, je n’ai pas eu envie d’y faire de vieux os. Mauvais contraste après des jours de nature. Erika est restée en route pour faire une petite sieste dans un bois de chênes. Elle a dû s’arrêter en ville pour la nuit.

Samedi 7
Je décide d’attendre la suissesse sur le bord du chemin. Je vois passer un pèlerin inconnu qui me salue sans s’arrêter. Finalement elle arrive. Nous allons jusqu’à Montcuq où l’on nous annonce que le gîte n’est pas encore ouvert. Pourquoi ne pas essayer cette fois une chambre d’hôtes ? Madeleine vient nous chercher en voiture et nous conduit chez elle à Labrugade. Un bon repas en famille, c’est bien agréable, même si c’est un peu cher.

Dimanche 8
Notre hôte nous ramène à Montcuq à l’heure de la messe des rameaux. Le temps est froid et couvert. Départ 12h30 pour une petite étape boueuse jusqu’à Lauzerte. Au gîte d’étape, je rencontre Gaétan, un jeune parti lui aussi du Puy un jour après moi. Gaétan le ninja, fidèle ami et compagnon de nombreuses aventures à venir, parapente et voile, dont une bonne part de l’aventure Far Away. Il y a quelques autres pèlerins, certains qui sont en route pour saint Jacques, d’autres à la semaine, (une semaine par an). L’ambiance est détendue.

Lundi 9
Au milieu de l’étape, nous avions rendez-vous dans un café avec une belle fille d’Erika et ses enfants. Sa petite fille va marcher avec nous durant quelques jours. Une grande jeune fille blonde de bonne compagnie. Pose déjeuner dans un pré. Il y a un bruit curieux qui provient de la friche d’à côté, des pleurs de bébé. La miss va voir et revient avec un adorable chiot d’une ou deux semaines. Elle le met dans son sac et nous voilà repartis. Passant devant un jardin, je hèle le jardinier : « Monsieur, regardez ce que nous avons trouvé ». Le type arrive, examine le chiot et accepte de s’en occuper. Il est même tout fier et nous remercie. Quant à la miss, elle pleure son petit chien. Ah ! Les filles ! Nous arrivons à Moissac et nous installons dans l’ancien Carmel transformé en gîte. C’est cher, mais au diable l’avarice. J’apprends par maman que quelqu’un rencontré il y a trois ans pour Evamer souhaite faire don de son voilier à l’association. Un 14m ! J’ai du mal à y croire ! Cela chamboule bien des choses dans mes projets d’avenir. Sont-ce les grâces du pèlerinage qui commencent à me pleuvoir dessus ? L’appel du large commence à retentir, hisse héo !

Mardi 10
Début d’étape avec Erika, sa petite fille et Gaétan. La jeune miss est fatiguée. Les filles nous abandonnent en route. A un de ces jours Erika, nos routes se séparent ici. Je continue avec Gaétan; sympa. Nous tirons jusqu’au gîte de St Antoine, un patelin perdu nulle part.

Mercredi 11
Avec Gaétan jusqu’à Castet-Arrouy. Nous cassons la croûte dans une sorte d’abri bus qui sert aussi de débarras aux anciennes crèches de Noël. Il y a des petits Jésus roses qui nous regardent avec des yeux ronds. 2 enfants viennent parler avec nous et nous donnent un saucisson. Je continue seul jusqu’à Lectoure. J’hésite à passer la ville et à camper. Finalement, je décide de rester et de renvoyer la tente par la poste. Pour ce qu’elle sert. C’est un gain de poids conséquent qui va me donner des ailes.

Jeudi 12
Gîte de Condom et messe du soir à la cathédrale, la Cène. Je rencontre un couple de pèlerins allemands. Elle est toubib et lui exerce une drôle de profession : il est salarié d’une paroisse où il officie comme une sorte de diacre pas ordonné. Je commence à réaliser que les gens ignorent où se trouve le Puy. Il faut déjà presque une journée de voiture pour y aller. A pieds, on se rend peu compte des distances parcourues. Le pays semble n’être qu’un jardin.

Vendredi 13
Gîte d’Eauze. Le luxe, une baignoire. Seul dans la chambre… et non, une femme s’incruste. Elle rit comme une andouille jusque tard, persuadée que je m’intéresse à elle. Plus tard, elle se met à ronfler. Mal dormi. Gaétan a plus de chance, personne ne le dérange dans sa chambre.

Samedi 14
Après une longue marche, Gaétan et moi arrivons épuisés à Aire. Le but était d’attraper la messe de pâques. Le gîte est complètement excentré par rapport au centre ville, et pour couronner le tout, il est fermé le week-end ! Nous sommes coincés dehors et n’avons pas le courage de faire 2km aller plus 2 retour pour chercher une hypothétique clé. Encore moins celui d’aller à la messe. Ce sera pour demain. Nous dormons dans une salle en chantier, sur des portes, après tout de même une bonne bouffe réparatrice et une bonne bouteille, chacun. Jésus ne ressuscite pas tous les jours !

Dimanche 15
Messe à 10h30. Je suis entouré de personnes amorphes, tandis que le curé se démène comme un beau diable pour réveiller ses ouailles. Partir pour une étape en fin de matinée augmente la fatigue. J’arrive à Arzacq au soleil couchant, vidé, avec les jambes lourdes comme du plomb. Quelques événements ont marqué cette marche : durant tout le trajet, j’ai eu le soleil dans les yeux ; il y a eu plusieurs km de chemin à galets roulant sous les pieds histoire de corser la marche ; à Pimbo, les Pyrénées me sont apparues soudain, barrant l’horizon de leur blancheur immaculée. C’est vraiment splendide ! 2km avant d’arriver, un paysan, M. Lamaison, m’interpelle pour me montrer ses oies et m’invite à boire un canon ; à peine à Arzacq, une brave dame, Mme Denise Forté, à qui je demande où se trouve le gîte, m’invite à dîner. Gaétan est là depuis trois heures et se demande ce que j’ai fichu en route.

Lundi 16
Cette étape devait être courte. Raté. A cause du concierge du gîte d’Arzacq qui nous a donné de mauvaises indications, il y a plantage d’au moins 10 km. Bilan de la journée : Grains, fatigue et champ d’orties. Le gîte d’Arthez n’est pas très bien tenu. Il y a une pèlerine sympa qui se plaint du genou. La douche est froide pour celui qui passe en dernier. Heureusement, ce n’est pas moi ! Bonne nuit tout de même.

Mardi 17
Je pars seul vers Navarrenx. C’est une petite marche tranquille. Le curé ouvre sa maison à tous les pèlerins de passage. Sa réputation est internationale ! Un type vraiment super, un saint homme. Gaétan devait soit disant rester à Sauvelade, le voici qui débarque. Il y a un drôle de pèlerin, descendu de suisse à Rome, passé en Espagne et par le chemin du sud jusqu’à Santiago. Il est sur le retour après six mois de marche. Il est farci de théories bizarres, du genre, « la fibre polaire ça ne vaut rien ; la laine c’est mieux quand il pleut » et bien d’autres conneries de la même eau.

Mercredi 18
J’arrive avant Gaétan à St Palais, chez les franciscains. L’accueil est fraternel, la nourriture est bonne ainsi que la nuit. Les Basques sont vraiment plus hospitaliers que ces arnaqueurs de l’Aubrac !

Jeudi 19
C’est presque la fin de la France. Il y a comme une petite excitation dans l’air. Après la messe du matin avec une liturgie à la franciscaine un peu déroutante et pas vraiment canonique, nous partons vers st Jean Pied de Port, où nous arrivons vers 17h. Je me déleste de 10f pour prendre le crédential obligatoire en Espagne. Changement radical d’ambiance. Partout c’est l’usine des grands préparatifs. Des gens viennent de toute la planète pour faire les huit cents km mythiques. Gaétan et moi qui avons déjà parcouru un bon bout de route, voyons tout cela d’un peu haut. Mais cette ruche bourdonnante ne nous dit rien de bon pour l’avenir de notre périple. Nous prenons un jour de repos pour marquer la moitié du voyage. Première nuit dans un gîte débile, une cave minuscule, bondée et cher, dont la patronne est une tarte acariâtre.

Vendredi 20
Dès le matin, je change de crémerie et m’installe au gîte principal, lumineux et accueillant. Tous ces pèlerins en partance pour Santiago nous regardent Gaétan et moi comme des héros ; il faut s’y faire. Nous sommes burinés par le soleil et avons un vrai look d’aventuriers. Personne ne sait vraiment à quoi il va être confronté, les questions pleuvent. Mais tout ce que nous pouvons leur dire, c’est : « allez-y, vous verrez bien. » Fini la tranquillité du GR français. Des canadiens, des brésiliens, des américains… incroyable. La femme qui entretient le gîte parle beaucoup et met de l’ambiance. quelques courses, des guêtres et une deuxième poche à bidon parce qu’il paraît qu’en Espagne, il vaut mieux prévoir de l’eau…

Samedi 21
Il neige là-haut. Avec Gaétan, nous faisons une tentative par le GR. Nous nous retrouvons en pleine tempête de neige. 50cm de poudreuse masquent le chemin. Gaétan est en baskets et craque le premier. Demi-tour ; il faut redescendre. Nous faisons une fois de plus 15 km de trop ! Nous coupons et rattrapons la départementale. Frontière et à nouveau grimpette vers Roncevalles. Sur le bitume, cela n’a rien d’exaltant, d’autant que la route fait trois fois plus de détours que le GR, qui lui, passe droit dans la montagne. Après deux cols franchis, nous arrivons enfin. Changement radical d’ambiance. Le gîte et plein à craquer. La plupart des pèlerins de st Jean Pied de Port ont fini l’étape en taxi à cause du même plantage que nous. Il y a une nouvelle et importante fournée de pingouins, (c’est comme cela que je vais désormais appeler les pèlerins) la plupart espagnols, qui débutent ici. Resto le soir et très mauvaise nuit. Deux épaisseurs de boules quies n’y suffisent pas.

Dimanche 22
Pas de messe. Je préfère partir tôt et marcher, à cause de la foule et des fâcheuses expériences de partir trop tard. Le pélé rend païen ! Tout le monde prend la route en même temps. L’Espagne commence à me faire suer. J’ai horreur des trucs organisés où il devient impossible de sortir des sentiers battus, que les gens font en masse par snobisme ou manque d’imagination. Je me demande donc ce que je fous ici et si je ne vais pas par pur esprit d’indépendance, de liberté et de contradiction, prendre une autre direction. Finalement, je me convaincs que les pingouins font partie des difficultés du pèlerinage et je presse le pas vers St Jacques. Un message m’apprend la naissance de mon quatrième neveu, Timothé. Il neige. Plus bas, la neige devient pluie. Je retrouve Gaétan à Zubiri. Nous allons ensemble jusqu’à Larrasoana où il décide de rester. Adieu camarade, peut-être nous reverrons-nous un de ces jours en France pour voler ensemble (il veut faire un stage de parapente en rentrant). Boue et pluie continue ; vive le soleil d’Espagne. Je pousse jusqu’à Arre où j’arrive les pieds trempés. Le gîte est à 500p, 20f. C’est tout neuf, et nickel, sauf qu’il y a un ronfleur pro allemand qui a tout du faux pèlerin, arrivé en stop. Et pas assez de chauffage pour sécher les chaussettes.

Lundi 23
Ce matin, il fait beau, enfin. A Pampelune, je passe trop tôt et la cathédrale est fermée. Je n’ai pas le temps d’attendre ni de commencer à faire le touriste. Des touristes justement me prennent en photo. Si cela les amuse. J’aime ce sentiment étrange de traverser une ville qui s’éveille, de croiser tous ces gens pressés qui vont au travail. Cela accentue le fort goût de liberté qui marque ce voyage. Je passe sans contrainte au milieu du monde. Ma quête est d’une autre nature que celle de toutes ces personnes occupées. Au sommet d’une côte pleine de moulins à vent, je double un type. Jean Claude, 60 ans, un breton de Rennes. Je le reconnais, il était à st Jean Pied de Port. Nous allons au resto à Puente et poursuivons la route pour éviter les gîtes bondés. Sur le chemin, un couple de Japonais à vélo, sorti tout droit d’un manga fluo, nous suit péniblement. Les power rangers attaquent. Il faut le voir pour le croire. Nous nous arrêtons à Cirauki. Il n’y a pas de gîte. La salle paroissiale fait l’affaire. Le village est très beau, comme la plupart des villages alentour. Ils sont tous médiévaux et construits autour de l’église. Je vais à la messe après le chapelet des bigotes, à fond, 3 minutes 5 secondes pour les 5 dizaines ! Une femme me tend le texte du Je vous salue en espagnol, mais cela va tellement vite qu’il est impossible de suivre.

Mardi 24
La première partie du chemin est tranquille, avec 7km d’avance sur la foule. Nous doublons 2 canadiennes qui marchent comme des pingouins sur la banquise, escortées par un type qui se la joue et se prend pour leur guide. L’Espagne est un curieux pays. Partout, on a une impression d’inachevé. C’est la mentalité locale : on ne se lève pas assez tôt pour avoir le temps de terminer quoi que ce soit. Des usines puantes et mal placées à l’entrée des bleds, des horaires inconcevables, une fierté on se demande à quel sujet, parce que je vois peu de motifs de s’enorgueillir. Le paysage pour le moment est assez beau, grandiose parfois. Le camino à perte de vue, malheureusement trop fréquenté. Jusque là, toutes les églises sont fermées et cela me met dans une rage terrible. Au gîte de Los Arcos où Jean Claude est moi prolongeons l’apéro avec quelques autres pèlerins français, nous voyons débarquer les pingouines canadiennes. Elles nous abordent et commencent à nous donner des noms d’oiseau. Il paraît qu’en les doublant, nous les avons vexées et outragées par notre attitude. Heureusement que le vino tinto est bon et que tout le monde rigole. L’atmosphère finit par se détendre.

Mercredi 25
Avec JC qui a l’air de pousser au kilomètre, les étapes s’allongent chaque jour. A midi, petit resto à Logrono. Le vin local donne des forces ! Les restaurants sont tout à fait abordables et mes moyens me permettent de les fréquenter au moins une fois par jour. Cela équilibre le régime alimentaire jusque là plutôt frugal. Nous arrivons le soir à Navarrete. Le gîte est neuf. C’est certainement la plus belle maison du village. L’accueil est vraiment sympa. Les hospitaliers sont des volontaires de différents pays qui se mettent en quatre pour que les marcheurs puissent se détendre.

Jeudi 26
Granon. A Santo Domingo, l’usine à gaz était pleine à craquer. Cela vaut vraiment le coup de faire quelques km de plus pour aller dans les petits gîtes curieusement vides. L’ambiance y est familiale. Les repas se prennent ensemble. Le gîte communique avec l’église. Il n’y a qu’un escalier à descendre pour assister à la messe. Il y a une belle américaine très cool que je drague un peu. Un clochard faux pèlerin débarque, saoul. Il ronfle et tape un barouf d’enfer toute la nuit. J’aurai bien aimé dormir paisiblement cette nuit.

Vendredi 27
San Juan. Quand je retire mes chaussures, mes pieds refroidis se contractent douloureusement. Un bon repas arrosé de vino tinto et ça repartirait presque. JC, le Breton qui ne s’arrête jamais. Il fait partie d’un club de marche et a décidé de ne faire que ça durant sa retraite. Pour le moment je parviens à le suivre. Je finirai bien par le fatiguer ! Place aux jeunes. San Juan est un gros gîte qui a dû connaître une certaine splendeur, un peu fanée faute d’entretien. Les sanitaires sont en marbre malheureusement nettoyés une fois l’an. Des jeunes se sont cuités et passent la nuit à vomir. C’est un peu pénible. Plutôt marcher que mal dormir. Je pars avant le lever du soleil avec le Breton fou.

Samedi 28
Tardajos. Petite étape histoire de se refaire une santé. La traversée de Burgos commence péniblement par 5km de zone industrielle. La cathédrale est fermée, pour changer. Je passe ma colère sur un curé qui à la malchance de croiser mon chemin à ce moment. Je pense écrire au roi et au primat d’Espagne pour protester. Le gîte de Tardajos n’a que 16 places, mais il est agréable. Une belle Danoise dîne avec moi tandis que JC est au resto.

Dimanche 29
Itero de la Vega. Erreur de parcours, 5 km de trop. Nous faisons un repas pittoresque à Hontanas. C’est même plutôt un festin, dans de la vaisselle douteuse, mais qu’importe. Un gigot entier pour deux et du vin à flots. Il est impératif de s’arrêter là, sinon le pèlerinage n’est pas accompli ! Nous avons un vent violent dans le nez surtout vers la fin. Nous doublons des cyclistes dans une côte, qui peinent terriblement avec tout leur barda. Le vent les cloue sur place. Je ne vois pas pourquoi le camino nous fait passer par les églises, puisqu’on ne peut pas les visiter. Il faut que je me résigne, mais c’est dur.

Lundi 30
Calzadilla de la Cueza. Quelle tirée ! 60 km au moins. Les 17 derniers km de Carrion à Calzadilla sont en ligne droite sur un odieux chemin à cailloux ronds roulant sous les pieds. Le gîte est dépourvu de cuisine et en plus, il se paie au bar restaurant. Nul comme procédé ! Les prix sont tout de même très raisonnables et l’ambiance est sympa. Il faut négocier âprement avec le patron du bar pour obtenir qu’il ouvre à 8h au lieu de 12. Nous n’avons pas du tout l’intention de partir sans un café, mais avec les horaires du pays, nous sommes souvent contraints de nous y résigner. Le soir, je suis obligé de faire un peu la loi pour imposer le silence aux pingouins espagnols. Sinon ils sont incapables de se taire avant l’aube.

Mardi 1 mai
Bercianos. Le gîte est une vieille maison sympa. Tous les pingouins s’arrêtent à Sahagun, si bien qu’il n’y a pas grand monde, à part JC et moi. J’ai une chambre pour moi seul et je dors comme un loir.

Mercredi 2
Leon. Ici comme partout, je n’arrive pas à la bonne heure pour visiter la cathédrale. Sans commentaire. Pas de JC au gîte. Il a dû aller à l’hôtel ou ailleurs. Dans ma chambre, il y a un couple de cyclistes portugais qui me double et que je redouble depuis une semaine. Ils sont un peu vexés d’être rattrapés par un piéton. Il ne doit pas y avoir grand monde parti de St jean Pied de Port le même jour qui soit devant !

Jeudi 3
En sortant de Leon, je prends l’option longue, par la campagne. Cela doit faire 10km de plus, mais au moins, il n’y a pas de camion. Et 10km, qu’est-ce que c’est ? J’arrive à Hospital de Obrigo à 16h, fatigué. Un moment, j’ai cru voir devant une silhouette qui ressemblait à JC. Le temps de m’arrêter manger, l’homme devait avoir une heure d’avance. Adieu JC ; le Breton fou a dû tirer jusqu’à Astorga. Au gîte paroissial, le tenancier aigre comme un Jésuite commence à me soupçonner d’être un faux pèlerin. Il contrôle mes tampons comme un flic. Quel con ! C’est très curieux, il y a pas mal de monde et tous sont entassés dans les chambres bondées tandis je reste seul dans la mienne. Je crois que le pauvre type leur a dit que j’étais un voleur ou un assassin. Mieux vaut ne pas chercher à comprendre. Seul, je passe une excellente nuit et lève le camp deux heures avant le soleil.

Vendredi 4
Départ très tôt. J’arrive à Astorga au moment où les gens se lèvent. Une première, la cathédrale est ouverte ! A Rabanal, je déjeune au resto vers 15h, heure normale pour les locaux. Il fait beau, je continue jusqu’à El acebo. Encore une tirée du diable, 57km plus un col. Qui je retrouve au gîte ? JC. Il y a un belge sympa qui ne parvient pas à croire que nous sommes partis de st Jean Pieds de Port le 21 avril.

Samedi 5
Villafranca. Petite étape avec un coup de barre à chaque pas. Je double un couple d’allemands arborant fièrement deux grosses palourdes en guise de coquille saint Jacques. Le gîte est privé ; l’ambiance est curieuse. Il y a de plus en plus de monde de km en km et le pèlerinage ressemble de plus en plus à un mauvais business. D’ailleurs, on commence à nous servir du mauvais vin frelaté. JC s’est trompé de route et débarque plus tard. La première chose qu’il fait systématiquement, c’est de s’enfiler sa dose de gwin ru. Cette fois, il fait un peu la grimace.

Dimanche 6
Long bout de route à camion. Ils déboulent à fond, même le dimanche. L’horreur absolue. Ensuite, il y a une grimpette tranquille jusqu’à O Cebreiro, premier village de Galice. Un peu trop touristique. 5km plus loin, le gîte de Hospital de la Condesa. Par la fenêtre, je vois passer JC qui fait mine de continuer. Il est tard, je l’appelle. Un type bizarre ! Finalement, il se pointe en râlant parce qu’il n’y a pas de restaurant et qu’il va être en manque de vino tinto. Il n’est pas breton pour rien. La providence est bonne pour lui : en fouillant dans les placards, nous trouvons tout ce qu’il faut, même du vin. Il reste un peu moins de cent cinquante km, ce qui fait trois jours de marche.

Lundi 7
Il n’y a pas une route en Espagne qui ne soit infestée de camions polluants qui gâchent le paysage. Il y en a plus que de voitures. La Galice semble plus structurée. C’est un peu comme la Bretagne d’il y a trente ans. Il y a 20km, une borne indiquait 130km. Soudain, une autre borne indique 140 ! Un coup au moral. Mais c’est par la route, et non par le camino. Donc tout va bien. Le chemin est soudain barré par une pancarte en espagnol. Je continue sans en tenir compte et cinq km plus loin, je suis en rade devant un torrent et un pont écroulé. Plutôt que de faire demi-tour, je décide de jouer à tarzan. Une grosse branche me fait passer sans encombres sur l’autre rive. Plus loin, le chemin est à nouveau barré et dévié sur la nationale. Du bitume plein les bottes jusqu’à Sarria. Je fais une pose et vois se pointer JC que je croyais devant. Le pont écroulé m’a fait gagner une dizaine de minutes. Nous poussons jusqu’à Santa Maria de Ferreiros, borne 98,5. Il commence à y avoir des pèlerins de la dernière heure, qui font les cent derniers km et sont fiers comme tout de leur exploit. Ras le bol.

Mardi 8
Melide. Plus que 50. Dîner au resto chez Sony. On nous sert de la dînette arrosée d’un faux vin imbuvable que même JC ne touche pas. Le gîte est une usine à gaz où dormir relève de l’exploit.

Mercredi 9
Après une nuit torride avec un champion du monde de la ronfle à ma gauche, je sors du dortoir à 5h, en même temps que JC par une autre porte. Nous ne nous étions pas concertés auparavant : les grands esprits se rencontrent. Nous partons de nuit. C’est la pleine lune, pas de problème. Il y a maintenant une borne kilométrique tous les cent mètres, qui indique les chiffres au cm près : 40,354. C’est lourd. Nous nous arrêtons à 4km de Santiago, à Monte de gozo. Pas la peine d’aller en ville ce soir. Les cyclistes portugais de Leon sont là aussi, de même que le faux pèlerin allemand d’Arre, pas plus bronzé qu’une pastille Vichy. S’il est arrivé à pieds, je veux bien être pape. J’ai réussi à fatiguer JC. Il ne l’avoue pas, mais cela se voit.

Jeudi 10
A 9h30, nous sommes à Santiago. Ville pas très belle, sauf le centre. A la basilique, une messe commence. Ce n’est pas celle des pèlerins mais elle fera l’affaire. Court moment d’émotion devant les reliques de Jaquot, vite gâché par des touristes japonais à courbette. Le temps de prendre la Compostela, qu’on hésite à me donner parce que je n’ai pas assez de tampons sur ma crédentiale (un par jour, mais nous sommes allés trop vite), et nous repartons vers le cap Finisterre. Il est midi, nous avons 90km à parcourir, nous y serons ce soir à 21h. Non, je blague. Je perds JC à Negreira et continue pour me faire une nuit à la belle. Enfin la liberté retrouvée, il n’y a personne sur le chemin et les gîtes sont fermés. La plupart des pèlerins qui vont au cap prennent le car à Santiago.

Vendredi 11
J’ai vraiment bien dormi sous les étoiles. Je suis persuadé que JC est devant ; il y a des empreintes qui ressemblent aux siennes, jusqu’à un bled dénommé Hospital, pour changer. Le temps de casser le croûte au bar du coin, le voici qui arrive. Il est 17 h et nous décidons de nous remettre en route, malgré la certitude de finir de nuit. Nous poussons jusqu’à Cée. Il assez tard. Une chambre double à l’hôtel Victoria. Il ne reste pas 15km.

Samedi 12
Il pleut à verse. JC et moi nous séparons pour goûter seuls la magie de ces derniers kilomètres. En passant sur la plage, je fais une récolte de coquilles saint Jacques. J’arrive à la pointe. Impossible de faire un pas de plus à l’ouest à moins de marcher sur l’eau. Le vent est violent, je suis rincé. Appuyé sur mes bâtons, je regarde le large. C’est fini. Je suis ému comme un gosse et des larmes me viennent. Je rends grâce pour ce beau voyage, pour toutes ces rencontres tous ces paysages, toute cette fatigue et cette liberté. C’était vraiment une belle expérience, une des plus riche qu’il m’ait été donné de vivre.

Nous sommes en 2012. Les 11 années écoulées ont été profondément marquée par cette marche qui fut en quelque sorte une renaissance. J’ai peu après le retour de Compostelle, rencontré la femme de ma vie, fondé une famille, effectué un tour du monde à la voile, publié des livres. La décision est prise, je repars. Toujours du Puy car nous nous sommes installés en Auvergne, pas très loin. Cette fois, l’Espagne, ce sera par le chemin côtier. J’ai aussi décidé de partir début 2013, oui, en hiver. Certains me traitent de fou, ils ont sans doute raison, mais qu’importe. Ce deuxième chemin sera une action de grâce.

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Publié dans Témoignages, Vie sur le chemin