Renouer avec la tradition du pèlerinage maritime…

Bordeaux- La Corogne-
Saint Jacques de Compostelle

Très importants durant le Moyen-Age, les pèlerins embarquaient d’Angleterre et d’Irlande, du nord du Danemark, de la Frise et des Flandres ainsi que de tous les ports de la côte Atlantique pour rejoindre le tombeau de l’Apôtre par les côtes asturiennes et galiciennes.

Bordeaux, étape importante sur la voie turonensis et port sur la route maritime de St Jacques, chuchote à l’oreille de l’association Bordeaux Compostelle de remettre à l’honneur le pèlerinage maritime et de proposer à 48 stagiaires d’embarquer, pour cinq jours de naviguation sur « Le Belem », trois-mât de légende et dernier des grands voiliers du 19èmesiècle encore naviguant.

Jacques Dupas, organisateur et Yves, stagiaire

Par deux fois, l’association  Bordeaux Compostelle a renouer avec la tradition du pèlerinage maritime : quel a été l’élément déclencheur de cette aventure à la voile  ?

C’est notre ancien Président, Frédéric Ferriere,  qui a proposé à l’association en 2016, de renouer avec les pèlerinages maritimes, en profitant de la venue programmée du Bélem à Bordeaux. De très nombreux membres de l’association Bordeaux Compostelle Hospitalité Saint Jacques, ont approuvé cette proposition et ont effectué le pèlerinage maritime. Les échos qu’ils ont rapportés étaient très positifs.
En 2017, l’Association Bordeaux Compostelle a été sollicitée par l’ACIR à l’occasion du 20ème anniversaire de l’inscription à l’UNESCO des chemins de Saint Jacques de Compostelle en France. Frédéric Ferrière a organisé un groupe de travail qui a proposé de très nombreuses manifestations tout au long de l’année 2018 pour commémorer cet anniversaire. L’idée de proposer à nouveau un pèlerinage maritime ouvert aux associations jacquaires tant en France qu’à l’étranger a été retenue parmi les 20 propositions. C’était l’occasion de faire partager largement cette opportunité exceptionnelle aux autres associations jacquaires. Nous avons été heureux de voir  qu’au delà de la Nouvelle Aquitaine, nombreux ont été les jacquets intéressés, tant en France qu’à l’étranger, renouant ainsi avec l’esprit d’ouverture du chemin.

Pourquoi renouveler cette expérience en 2018 ?

En 2018, nous voulions associer cette tradition des pèlerinages maritimes, aux 20 événements que Bordeaux Compostelle Hospitalité Saint Jacques mettait en place en Gironde pour commémorer l’inscription des chemins de Saint Jacques en France au patrimoine mondial de l’humanité. Au delà des 78 biens inscrits à l’UNESCO au titre des chemins, nous avons souhaité que cette tradition des pèlerinages maritimes soit positionnée au meilleur niveau de visibilité.

Le père Bruno Tantini, actuellement à Bordeaux,  présent au départ pour la bénédiction a un lien particulier avec le Belem.Pouvez-vous nous en parler ?

L’association Bordeaux Compostelle Hospitalité Saint Jacques a proposé au prêtre de la paroisse de l’Hospitalité Saint Jacques, de venir bénir le pèlerinage sur le Belem. Lors de notre rencontre, le père Bruno Tantini nous a fait appris que le Bélem était pour lui associé à un souvenir émouvant.
En 1999, il avait été envoyé par l’évêque de la Martinique, auprès des frères et sœurs de la fondation communautaire, au service d’une paroisse, au flan du volcan de la Montagne Pelée. Il y est resté 11 ans comme curé. Il était donc présent à Saint Pierre en 2002 lorsque la ville avait commémoré le centième anniversaire de l’éruption de la Montagne Pelée qui avait détruit toute la ville, faisant 40.000 victimes.
Le 8 mai 1902, le Belem arrivait en rade de Saint-Pierre mais sa place était déjà prise.  Il ira donc mouiller de l’autre côté de l’île. Cet incident sauvera le Belem et son équipage.
C’est ce souvenir qu’a évoqué le père Tantini lors de la bénédiction.

Bénédicition du Père Bruno Tantini

Connaissez-vous les motivations des participants, leur ressenti à leur arrivée ?

Nous n’avons pas mené d’étude sur les motivations des participants, mais les échanges que nous avons eus avant l’embarquement montraient un intérêt très fort pour cette occasion exceptionnelle et l’envie de vivre une expérience unique. Le Belem était aussi un facteur d’attractivité.

Que diriez-vous de cette aventure humaine et maritime ?

Les premiers retours qui nous sont parvenus des marins pèlerins montrent que nombreux sont ceux qui ont vu leurs espoirs comblés au delà de leurs attentes. Ils ont retrouvé l’esprit du chemin et l’organisation par tiers pour effectuer les quarts a fait naître des amitiés que beaucoup souhaitent voir perdurer.

D’autres départs sont-ils prévus ?

Aujourd’hui, rien n’est arrêté en matière de prochain départ, et les manifestations que nous avons programmées pour 2019 ne laissent pas la place pour une réédition du pèlerinage maritime. Mais peut-être verra-t-on une autre association jacquaire proposer une nouvelle occasion de pèlerinage maritime en partant de Bordeaux ou d’un autre port…

En fin d’interview, Georges Pouzot, vice-président de Bordeaux Compostelle, présent sur le bâteau nous confie…

J’ai proposé aux marins pèlerins de me faire part de leurs impressions et de leurs commentaires sur le pèlerinage maritime. Tous les retours ne sont pas encore parvenus mais j’ai déjà reçus de très beaux textes et même un poème…

Le pèlerinage maritime serait-il une source d’inspiration ?

Petit à petit, la vie en mer s’organise : prendre les quarts et participer aux manœuvres de pont, se reposer, déjeuner, assurer les tâches de service, de nettoyage, de rangement sous la houlette d’un équipage bienveillant, très pédagogue et rassurant. Les stagiaires apprennent à se connaître, les dauphins nous régalent, jouent sous nos regards émerveillés et nos cœurs enchantés « Regarde, ici, par là ! »

Puis les côtes galiciennes se dessinent, se rapprochent… l’arrivée à Santiago est iminente…Vingt quatre heures pour découvrir la ville, passer à la chapelle des Rois de France saluer l’équipe de l’accueil francophone, marcher du Monte de Gozo à la cathédrale, assister à la messe des pèlerins, confier sa prière au moment de l’élévation dubotafumeiro, donner l’accolade à Saint Jacques… participer pour certains à la visite spirituelle proposée par Gérard en mission à l’accueil des pèlerins francophones à Santiago, partager quelques bon repas, recevoir notre compostella maritime…

Après tout cela, subsiste le sentiment d’avoir vécu un rêve,
un moment de vie EXCEPTIONNEL !

Et pour conclure : si le maître mot du pèlerinage du chemin de Saint Jacques par voie terrestre reste l’hospitalité, les maitres mots du pèlerinage maritime, présents à bas bord et à tribord restent solidarité et humilité.

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Publié dans Vie sur le chemin