Bâtons de pèlerin, crosses de pasteur…

Comme nombreux d’entre nous, une de nos occupations de confinés fut de ranger, trier, nettoyer placards et dossiers. Ainsi, nous fîmes, pour redécouvrir cet article de Mgr Brincard+, évêque du Puy-en-Velay de 1988 à 2014, qu’il nous a plu de vous partager. Cet évêque a tant fait pour le pèlerinage en tandem avec celui de Rodez, Mgr Bellino Ghirard+, qu’il est bon de rappeler sa parole.

Mgr Henri Brincard

Se dépasser

Je souhaite vous faire connaître deux témoignages qui, dans leur brièveté, mettent en lumière la route de Compostelle comme une route appelant au dépassement de soi et à la charité fraternelle. Une jeune enseignante de 25 ans avait pris, il y a quelques années, le chemin de Compostelle. Alors que je parlais avec elle au hasard d’une rencontre, je lui posai brusquement la question suivante : « Quelle conclusion tirez-vous de ce long cheminement vers Compostelle ? » Elle me répondit : « J’ai appris à vider mon sac et à porter celui des autres ». C’est l’Evangile qui continue. A son retour, un jacquet me confiait : « j’ai commencé la route avec mes pieds, j’ai continué avec mon cœur et, au terme de ma marche, j’ai trouvé le secret de la joie qui demeure ».

Se connaître

A partir des nombreux témoignages écrits ou entendus lors du passage des jacquets dans la cathédrale, ce qui est vécu sur le chemin conduit à une authentique intériorité, c’est-à-dire une « entrée en soi-même » non pour se contempler soi- même, mais pour vivre d’une Présence qui, au long de la route, transforme le cœur profond de l’homme. Dans la lumière de la foi, cette Présence est celle du Christ Ressuscité.

Contempler

C’est aussi la contemplation de la beauté de la nature. Ecoutons saint Augustin louer l’harmonie de l’univers : « Les beautés de la création resplendissent dans les charmes variés, innombrables du ciel, de la terre, de la mer ; dans la profusion et l’éclat merveilleux de la lumière du soleil, de la lune et des étoiles ; dans l’ombre des forêts, dans les couleurs et les parfums des fleurs, dans la multitude des oiseaux les plus divers, leur gazouillement et leur plumage(…) Et quel spectacle grandiose nous offre la mer quand elle se pare comme d’un manteau de couleur ( …) Quel agrément dans la succession du jour et de la nuit ! Et la tiédeur des brises, comme elle est caressante ! ». (Augustin d’Hippone, La cité de Dieu, Liv. XXII, chap. XXIV)

Grandir

La découverte de ce qui fait la vraie grandeur de l’homme au sein d’un univers immense et d’une beauté fascinante suscite aussitôt des questions fondamentales comme celles-ci : « D’où est-ce que je viens ? Où est-ce que je vais ? Où est mon accomplissement ? » L’expérience de la charité fraternelle rend les rencontres sur la route aussi inopinées qu’intenses. Cette fraternité est expérimentée également par la qualité de l’accueil au long du chemin. L’accueil joue un rôle essentiel ; il est une richesse en lui-même car, sans toujours en être conscient, le jacquet attend au plus profond de son cœur une écoute bienveillante, un regard encourageant, une main serviable, en un mot que, par la charité fraternelle, le Christ vienne jusqu’à lui. La pauvreté du cœur donne la soif de l’essentiel. Cette pauvreté n’est pas acquise sans passer par des épreuves dont la plus grande est, sans aucun doute, la tentation de s’arrêter avant de parvenir au but ; « La moisson est abondante… », nous dit Jésus. Alors, en avant, dans l’espérance !

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Publié dans Ressources