Chaque pèlerin est un signe spirituel

En 2017, j’avais rallié à pied Le Puy-en-Velay et Santiago  en 75 étapes, d’un trait. Il m’en manquait une et je ne le savais pas encore.

Cette 76e étape, je l’ai accomplie de Santiago à Santiago, durant quinze jours, du 1 au 15 septembre 2019, en accueillant les pèlerins francophones.

Guère conséquente en nombre de km marchés (encore que…), en revanche, cette 76e étape l’a été en terme de richesse humaine rencontrée et de partages.

la visite spirituelle. Souvent un prolongement de l’échange de l’après-midi. Plus une relation qu’un guidage…

Chaque pèlerin accueilli a été un signe spirituel fort, religieux ou pas, me renvoyant à  la relecture de mon propre chemin et de ma foi. C’est en cela que cet accueil a constitué une étape intense, qui a comblé un certain vide ressenti lors de mon arrivée en 2017.

Je n’étais resté que deux jours à Santiago. J’avais accompli les rites de l’arrivant (Compostela, messe du pèlerin avec botafumeiro dans la cathédrale, accolade à l’apôtre, participation à une messe francophone et une visite spirituelle). Bref, une arrivée plus rituelle que spirituelle…

Puis j’étais reparti en Bretagne avec une petite musique en moi d’arrivée inachevée, voire ratée. Il me manquait  l’échange, la confrontation, la rencontre. La vraie. Celle de l’après-midi. Celle qui donne du sens, qui met des mots sur le ressenti resté comme en suspens.

Ma quinzaine d’accueil  de 2019 a tout comblé et m’a comblé.

D’abord par la remarquable ambiance qui a présidé au sein de notre équipe. Iulian le prêtre franco-roumain, Alain le Québécois, Bernard le Normand et moi-même  Eric le Gallo-Breton, avons formé un quatuor qui a tout de suite fonctionné, sans se poser trop de questions. On a tous trouvé chacun notre place tout en vivant une polyvalence joyeuse. Sans aller toutefois dire la messe à la place du prêtre… Les astres étaient bien alignés pour nous, guidés par l’étoile de Compostelle.

De sorte que nous avons pu être disponibles, moyennant une organisation précise, pour les pèlerins en quête d’accueil. Pas question d’être en non-stop en permanence. Mais lors de moments bien choisis pour bien accueillir.

Cette quinzaine a été surtout  marquante, évidemment, par les rencontres de pèlerins. Celles que nous avons vécues confirment bien sûr tous les témoignages déjà exprimés par les accueillants précédents.

Ces rencontres valident plus que jamais la pertinence de cet accueil qui donne un sens supplémentaire au chemin. Il est même essentiel pour sauver l’âme de l’arrivée à Compostelle. Celle-ci paraît ressembler parfois, aux abords de la Maison internationale des pèlerins,  à l’arrivée d’un marathon ou d’un trail.

Et Saint-Jacques dans tout ça ?

J’en suis convaincu : les accueils spécifiques, complémentaires de celui remarquable des Galiciens,  qu’ils soient anglophone, germanophone ou francophone,  forment un contrepoint spirituel aux propositions culturelles ou commerciales, qui ont aussi leur légitimité, même si parfois, c’est outrancier et un brin fétichiste.

L’accueil francophone, enfin, est une belle carte à jouer par l’Église de France pour évangéliser ou ré-évangéliser, dans la douceur et la discrétion, ces marcheurs-pèlerins qui restent souvent sur le parvis.

Le chemin de Compostelle, par son succès, est un lanceur d’alerte sur le vide spirituel de notre société occidentale. Il ne doit pas être un refuge, mais plutôt un tremplin pour rebondir, personnellement et collectivement.

                                                                                                             Eric CHOPIN.

Légende : la visite spirituelle. Souvent un prolongement de l’échange de l’après-midi. Plus une relation qu’un guidage… Septembre 2019, Bernard accueille ses pèlerins.

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