De Lourdes à Saint Jacques de Compostelle en fauteuil roulant

L’ACCUEIL D’UN PELERIN HANDICAPE A COMPOSTELLE

Anthony, jeune homme lourdement handicapé, parti seul de Lourdes en fauteuil roulant, a parcouru le Camino jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle durant deux mois.
Les pèlerins qui ont fait un petit bout de chemin avec Anthony ont été nombreux à l’accompagner et à le soutenir dans ses passages difficiles ; et les passages difficiles ne manquaient pas ! La « voix du Camino » avait judicieusement indiqué son arrivée prochaine aux membres de l’accueil francophone.
Toujours est-il qu’Anthony est arrivé comme pèlerin à Santiago jeudi 19 septembre 2019 au matin, moment où l’accueil francophone l’a reçu.

Anthony a très volontiers accepté de nous apporter son témoignage pour le partager sur Webcompostella.

Anthony avait visiblement été bien accompagné tout au long de son chemin et était très entouré à son arrivée à la Maison des Pèlerins.

Pélerin en fauteuil roulantNotre toute première préoccupation en tant qu’accueillants a été de l’aider à régler les questions d’intendance tenant compte de ses contraintes d’accessibilité et ses capacités financières limitées. Nous lui avons ainsi trouvé son moyen de transport adapté pour son retour en France. Nous avons eu beaucoup plus de difficultés à trouver l’hébergement adapté malgré le grand dévouement de Sœur Pilinchi de la maison des pèlerins, notre ami préférant finalement clairement l’hôtel à trois étoiles … retenu par son « patron ».

L’accès à notre bureau d’accueil lui étant impossible, Anthony accompagnera Elisabeth le lendemain à la cathédrale pour y poser des affiches informant le pèlerin de notre accueil, puis pour aller au contact des pèlerins francophones. Ces quelques déplacements nous confronterons réellement à quelques unes des difficultés liées au handicap : trouver comment éviter les escaliers barrant une rue  en la contournant par une autre rue forcément à forte pente ; mais que ce fauteuil est lourd ! Et que dire de cette rue en trop forte descente qui n’est pas non plus accessible à notre pèlerin ?
Chapeau bas à Anthony, qui s’est affranchi de tous les écueils du chemin, lui qui doit se servir de ses coudes pour avancer avec son fauteuil !

Anthony, qui reconnait qu’il vit dans un milieu dur, a découvert tout au long de son chemin vers Compostelle ainsi qu’à son arrivée à l’accueil francophone, un milieu qui lui est nouveau car attentionné, à son écoute ; il trouve opportun de s’en confier et nous autorise à en témoigner :

Né lourdement handicapé dans une famille éclatée qu’il dit d’origine gitane, il vit désormais dans l’univers du cirque. Il s’est vu confier tout naturellement le rôle de cascadeur à moto dans une boule ; un spectacle de tous les dangers.
C’est ainsi les larmes aux yeux et la voix affaiblie qu’il nous évoque son accident au cours d’une représentation, qui lui a valu un long séjour à l’hôpital. Anthony a repris son travail dès sa sortie de l’hôpital sans jamais s’en plaindre.
Anthony est bien conscient des risques qu’il doit prendre et son angoisse est évidente alors qu’il mentionne le risque inconsidéré pour lui et ses « associés » que les professionnels de son cirque lui demandent de prendre pour leur prochain spectacle. Anthony tiendra malgré tout bien son rôle.
Anthony parle très peu de la motivation qui l’a poussé à réaliser ce pèlerinage ou de son vécu personnel sur le chemin. Il a parcouru le Camino un peu par conviction religieuse mais surtout pour se montrer ainsi qu’aux « autres » que, même lourdement handicapée, il est capable d’accomplir son propre chemin à force de volonté. Tout au plus se plaindra-il de s’être vu refuser l’accès à des « albergues » du fait de son handicap, ou de s’être vu arrêter par la police locale qui ne comprenait pas pourquoi il empruntait la route plutôt que les chemins jacquaires … si peu carrossables.

Merci Anthony pour ta belle leçon de courage !

Elisabeth, le 23/10/2019

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