Des repères historiques pour l’année sainte compostellane…  

L’année sainte, un temps de pardon et de grâces …

 Cette tradition remonte au Moyen-Age. L’année sainte est aussi appelée année jubilaire. Inscrite dans un calendrier précis, elle constitue un temps fort pour les pèlerins invités à renouveler ou raffermir leur foi, à se réconcilier avec eux-mêmes et leurs prochains, à être généreux. Ainsi peuvent-ils s’enrichir de grâces  spirituelles nouvelles octroyées par l’Église qui invoque la bénédiction divine. Cette année sainte est souvent accompagnée de pèlerinages et de rites.

 D’abord, Rome

S’inspirant d’une tradition religieuse orientale, l’Église de Rome a, la première, institué le principe d’une année sainte. On prête au pape Boniface VIII l’instauration du Jubilé de Rome en 1300. Cette idée fit rapidement son chemin et les pèlerins accoururent à Rome de toute l’Europe, sur les pas de Pierre et de Paul, pour obtenir l’indulgence plénière (lire ci-après).

A son commencement, l’année sainte romaine avait lieu tous les 50 ans. Puis  elle a eu lieu tous les 33 ans (âge de la mort du Christ) et enfin, à partir du XVe siècle, tous les 25 ans, de manière  à offrir plus de chances aux fidèles de la vivre au cours de leurs vies. Ceci dans le cadre des années saintes ordinaires. Mais le pape peut décréter des années saintes extraordinaires. Ca a été le cas en 2015-2016 avec le Jubilé de la Miséricorde.

 Compostelle à la suite… 

S’inspirant à son tour de l’exemple romain, le sanctuaire de Saint-Jacques-de-Compostelle a instauré l’année sainte compostellane officiellement au début du XVe siècle, en 1428.  C’est ce qui est attesté. Mais des historiens font remonter la première année sainte en 1322. La paternité de l’initiative a été en tout cas attribuée à un pape du… XIIe !

Le déclencheur de l’année sainte compostellane est connu : celle-ci a lieu chaque fois que la fête de la Saint-Jacques-le-Majeur tombe un dimanche. Compte tenu des complications calendaires (années bissextiles), cette coïncidence n’arrive que … 14 fois par siècle, en moyenne.

Selon l’historien Patrick Huchet, co-auteur avec Yvon Boëlle, du  livre « Compostelle, le livre des Merveilles » paru aux éditions Ouest-France, le jubilé de Compostelle dope la fréquentation du site de la Galice, notamment en provenance d’Outre-Manche. Notamment au XVe siècle. Les jubilés des XVIet XVIIe connaissent toujours le succès, lié également à l’avènement des confréries Saint-Jacques.

Au XXe siècle, l’historien situe le renouveau de « l’ano jubilar » à 1948. Sans oublier évidemment 1982 et la venue du pape Jean-Paul II.

Le jour de l’ouverture de l’Année Sainte à Santiago, la place Quintana était joliment pavoisée devant l’entrée de la Porte Sainte…

 Le rite de la Porte Sainte.

A Rome,  l’inauguration d’une année sainte se concrétise par l’ouverture solennelle, de la Porte Sainte de la basilique Saint–Pierre, puis des trois autres basiliques majeures : Saint-Paul-hors-les-murs, Saint-Jean-de-Latran et Sainte-Marie-Majeure. Elles restent ouvertes tout le temps de l’année jubilaire.

Même chose à Saint-Jacques-de-Compostelle. La Porte Sainte qui donne sur la place Quintana est ouverte durant l’Année Sainte. Elle a été ainsi solennellement ouverte par Mgr Julian Barrio archevêque de Santiago, le 31 décembre 2020, lors d’une célébration exceptionnelle. Le prélat avait pour cela, comme le veut la tradition,  frappé trois coups sur la porte à l’aide d’un marteau d’argent et avait ensuite tourné une grosse clé dans la serrure. A noter que cette Porte Sainte restera également ouverte en 2022 car l’année sainte a été prolongée d’un an par le Pape en raison de la pandémie. Les pèlerins auront à coeur de pénétrer dans la cathédrale par cette Porte Sainte.

 L’indulgence plénière…

 Quelles grâces spirituelles sont apportées aux pèlerins qui se rendent à la cathédrale de Santiago en période d’années saintes ? Selon la tradition fortement en vigueur dans les années médiévales, où le culte des reliques était susceptible de prodiguer des indulgences, le franchissement de la Porte Sainte pouvait faire bénéficier de l’indulgence plénière, c’est à dire la rémission totale des péchés. A condition d’accompagner ce geste d’autres rites comme une visite approfondie de la cathédrale, la pratique de prières (Notre Père, Credo etc.) ou bien prier pour les intentions du pape. Le pèlerin était enfin invité à recevoir les sacrements de la confession et de l’eucharistie.

Cette tradition de l’Église catholique compostellane est toujours valable aujourd’hui. Mais à l’image des temps présents, où la pratique est en baisse, elle connaît peut-être moins de ferveur qu’auparavant.  Tout en en gardant tout son sens.

 Quelle signification spirituelle pour le pèlerin d’aujourd’hui ? 

Léonard Tandeau de Marsac de l’Hospitalité St Jacques, à Estaing (Aveyron) apporte cette réponse :

« L’Eglise invoque une bénédiction spéciale de Dieu sur chaque  pèlerin. Celui-ci pourra passer symboliquement la Porte Sainte de la cathédrale à Santiago, chaque jour des Années 2021-2022 et demander la grâce de la miséricorde de Dieu. Ces grâces divines, puisées par l’Eglise dans le trésor des mérites du Christ et des saints, guériront bien des conséquences de nos fautes : c’est la signification de l’indulgence plénière accordée aux pèlerins en cette année jubilaire ».

Dans sa Lettre pastorale annonçant l’Année Sainte, Mgr Julian Barrio, archevêque de Santiago-de-Compostela, s’adresse ainsi aux pèlerins : « Lorsque finalement vous arrivez à Santiago,  vous entrez dans sa cathédrale en passant par la Porte Sainte de la Miséricorde et du pardon. Vous effectuez un rite qui symbolise votre processus de conversion, puisque vous avez tourné le dos à votre péché et entrez dans une vie nouvelle, en vous rappelant ces paroles de Jésus: “Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent”(Lc 5, 32) ».

Un processus de conversion, poursuit l’évêque,  qui peut amener chaque pèlerin à devenir, en franchissant ce seuil de la cathédrale «  l’une de ses pierres vives ou, peut-être, l’une de ces étoiles brillantes qu’Abraham, regardant le firmament, tenta de compter quand Dieu lui dit de quitter son pays. Vivre tout cela, c’est ce à quoi j’invite, dans l’espérance, tous les pèlerins de l’Année Sainte Compostellane 2021-2022 ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Eclairages spirituels