Et maintenant …

Nous sommes heureux, Patrice Bernard – Société Française, Annie Cardinet – FFACC, et Daniel Ragot – Webcompostella, de co-signer ce texte pour l’envoyer ensemble à nos adhérents, signe de ce nouveau souffle de fraternité qui souffle sur les acteurs du monde jacquaire en France aujourd’hui.

 

Et maintenant …

Il y a quelques semaines nous cosignions un texte qui commençait par « Et après… », sur la base de réflexions de Jacques Chauty, Président de Compostelle 2000. Et depuis ce temps alternent les nouvelles, de déconfinement progressif puis total en France, puis de nouvelles mesures de confinements régionaux en Espagne, puis ces tous derniers jours de regain de précautions obligatoires en France… Succédant au « Et après » se pose la question du « Et maintenant » …

Pèlerins éternels que nous sommes, il nous faut nous enraciner dans ce que ce Camino nous a donné d’expériences pour porter un regard neuf et original sur ce vécu de pandémie.

Le Chemin nous a appris à nous délester au fil des pas de tout superflu, de ce qui alourdissait notre sac. Nous le savons, c’était en fait nous délester de nos peurs : peur d’avoir froid – d’où le pull supplémentaire, d’avoir faim – et la boite de conserve en « en-cas », etc. Et au fur et à mesure que nous nous libérions de ces peurs, notre sac s’allégeait.
Qu’en est-il de nos peurs dans ces périodes où tout nous incite à nous protéger de nos voisins ? Saurons-nous inventer de nouveaux abandons où, tout en conservant les indispensables gestes barrière, nous réapprendrons à distinguer l’essentiel de l’accessoire ?

Le Chemin nous a fait redécouvrir le sens de la rencontre, du contact. L’autre pour lui-même, et non en considération de son statut social, de sa profession, de son avoir, car tout cela était gommé, conscients que nous étions devenus de combien ces traits étaient finalement dérisoires.
Dans la nécessité aujourd’hui de la distanciation sociale (pour adopter ce néologisme à présent connu de tous), comment réaliser de nouveaux contacts dans un apriori de confiance, cette joie d’aller à la rencontre de l’Autre dans ce qu’il a de plus authentique… et accepter de se laisser aussi soi-même découvrir sous des jours nouveaux et imprévus ?

Le Chemin nous a appris à nous laisser guider hors des chemins habituels en suivant les balisages que d’autres avaient tracés pour nous (on ne dira d’ailleurs jamais assez Merci à ces baliseurs de toutes natures sans lesquels nous n’aurions pu vivre cette expérience si profonde du Camino), souvent bien plus que les chemins que nous avions d’abord imaginés.
Il y a certainement aujourd’hui, au cœur même des problèmes de notre société, des réflexions, des approches originales, que certains, prophètes surprenants des temps actuels, posent pour nous.  De nouvelles Balises encore non perçues … Quelles Balises pouvons-nous aujourd’hui nous observer qui nous permettent d’aborder nos temps troublés par cette pandémie avec créativité, sans crainte, avec imagination pour mettre en œuvre des solutions nouvelles, force pour les mettre en application, courage pour les faire perdurer ?

Le Chemin nous a fait inscrire nos pas dans ceux de siècles de marcheurs. Et quelles que soient nos convictions, nos motivations, nos approches spirituelles, tous nous y avons été sensibles et cela nous a interpellés : cela a donné du sens à notre Camino, en cela – entre autres – il est irremplaçable.
Saurons nous inscrire notre Histoire « après Covid » dans l’humilité de la compréhension de tous ceux qui nous ont précédés, saurons-nous créer une Société qui s’appuie sur de réelles racines ? Nos Chemins de St Jacques sont-ils de simples chemins culturels, ou s’enracinent-ils dans 20 siècles de chrétienté, avec tous ses errements parfois, mais l’époustouflante beauté de son message de Vie ?

Nous avons cheminé « vers le tombeau de l’Apôtre », ce qui n’avait pas le même sens que de faire le tour du Mont Blanc, si belle soit cette randonnée. Et cela nous a amenés, tous, à méditer sur la vie de Jacques. Et il est dit que Jacques en Espagne aurait fait, selon les traditions, 7, ou 30, conversions. Bref, un échec apparent retentissant, lui qui avait connu les 5000 baptêmes à Jérusalem le seul jour de la Pentecôte… Or 20 siècles plus tard, nous sommes des millions à l’avoir rejoint en Galice.
Et ce mois-ci, le 25, nous fêtons Saint Jacques.
Aurons-nous la confiance de croire envers et conte tout que malgré l’échec apparent de bien de nos actions, l’Esprit est mystérieusement à l’œuvre et que des fruits insoupçonnés mûriront dans tout ce que nous cherchons à faire ?

Et l’on pourrait multiplier les enseignements du Camino, chacun de nous en a fait une expérience souvent silencieuse, parfois immédiate et parfois différée, toujours profonde. Ces questions qui nous sont ainsi posées, elles s’adressent aujourd’hui tant à nous même en tant que Personnes qu’aux Associations auxquelles nous adhérons.

Et n’est-ce pas dans une belle nouvelle aventure qu’il nous est ainsi proposé de nous inscrire !

Daniel Ragot
Président Webcompostella

Webcompostella


Nous fêtons Saint Jacques le 25 Juillet…. Est-ce bien en accord avec la laïcité, fondement de notre fédération ? Notre Chemin est semé de références à cet apôtre assez fou pour obéir à une injonction étrange : « Allez jusqu’au bout de la terre ». Et nous y allons toujours… Pour y trouver quoi ? C’est la grande question posée à chaque projet : « pourquoi tu fais ça ? » Parce que JE a besoin de ce temps paradoxal, temps de solitude et de rencontres, temps de douleurs physiques (ah ! mes pieds ; mes hanches, ma fatigue) et temps d’un incroyable bien-être, temps pour aller vers (loin très loin parfois) temps pour aller dedans, au-dedans de moi grâce à ce que la marche au long cours fait de moi… Alors oui, vive Saint Jacques qui nous sert de but concret, matériel, physique, chrétiens, chercheurs de sens, marcheurs et curieux, pour se retrouver soi-même. Alors oui, c’est une belle expérience de laïcité, d’ouverture et de tolérance que de marcher sur ce Chemin, ouvert à tous… et à chacun.

Annie Cardinet
Présidente FFACC

ffacc


 

Chacun a ses motivations que j’ai essayé de cibler ainsi :
Confidence – attirance  – curiosité – rencontre – fascination magique légendaire
réflexion – pensée  – introspection  – analyse futur
Liberté – rêverie  – évasion – amitié  – égalité
Discrétion – recueillement – bilan – humilité – orientation  – développement – décision…

Méditons sur le poème du grand ANTONIO MACHADO qui suit…. Voyageur il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant

Patrice Bernard
Président Société Française

Société Française des Amis de Saint Jacques

 

Voyageur il n’y a pas de chemin, le chemin se fait en marchant

Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire des hommes
Laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon.
J’aime les voir s’envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.
À demander ce que tu sais
Tu ne dois pas perdre ton temps
Et à des questions sans réponse
Qui donc pourrait te répondre ?
Chantez en cœur avec moi :
Savoir ? Nous ne savons rien
Venus d’une mer de mystère
Vers une mer inconnue nous allons
Et entre les deux mystères
Règne la grave énigme
Une clef inconnue ferme les trois coffres
Le savant n’enseigne rien, lumière n’éclaire pas
Que disent les mots ?
Et que dit l’eau du rocher ?
Voyageur, le chemin
C’est les traces de tes pas
C’est tout ; voyageur,
il n’y a pas de chemin,
Le chemin se fait en marchant
Le chemin se fait en marchant
Et quand tu regardes en arrière
Tu vois le sentier que jamais
Tu ne dois à nouveau fouler
Voyageur ! Il n’y a pas de chemins
Rien que des sillages sur la mer.
Tout passe et tout demeure
Mais notre affaire est de passer
De passer en traçant
Des chemins
Des chemins sur la mer
Antonio Machado

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Publié dans Vie sur le chemin