La bénédiction des pèlerins à la cathédrale Notre-Dame du Puy-en-Velay

Après son retour du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle (950-951), l’évêque Godescalc a ouvert la « via podiensis » – voie du Puy – sur laquelle des milliers et des milliers de pèlerins ont vécu et vivent aujourd’hui encore la belle et riche expérience de marcher, de prier, et de partager avec d’autres la fraternité du Chemin. Partir du Puy-en-Velay n’est pas anodin car déjà depuis le Vème siècle, nombreux étaient ceux qui venaient prier la Vierge Noire et chercher la guérison auprès de la Pierre des Fièvres. En haut du Mont Anis, s’élève ainsi depuis des siècles la cathédrale d’où les pèlerins partent le matin, de bonne heure, avant que le soleil ne réchauffe les monts du Velay et d’Auvergne, après avoir reçu la bénédiction pour la route.

Mgr Luc Crepy

Mgr Luc Crépy, procession du 15 août

Près de 18 000 pèlerins, chaque année, décident de commencer leur marche – leur pèlerinage – en participant à la messe de 7H00 à la cathédrale, puis à la bénédiction des pèlerins. Si les motivations et les croyances sont diverses et variées, il demeure que pour la majorité de ceux et celles qui partent du Puy, le Chemin de Saint-Jacques n’est pas un simple chemin de grande randonnée, mais un chemin bien particulier. Comment le qualifier ? Disons simplement – et l’on en fait l’expérience quand on prend soi-même la route – qu’il y a chez beaucoup une attente spirituelle, au sens large du terme. Certains, très croyants, vivent le Chemin comme un pèlerinage de foi ; d’autres, plus ou moins proches de l’Eglise, souhaitent trouver un souffle intérieur ; d’autres enfin, n’y voient pas une démarche religieuse mais sont en quête d’une expérience d’intériorité et d’une recherche de sens. Pour toutes ces raisons, ils tiennent à partir de la cathédrale – haut lieu spirituel – et à recevoir la bénédiction des pèlerins, manifestant ainsi qu’on ne part pas à Saint-Jacques comme on partirait pour n’importe quelle autre destination.

Le terme « bénédiction » vient du latin « bene dicere » ce qui signifie « dire du bien ». Dans la Bible, la bénédiction est l’acte de Dieu qui dit, veut et réalise notre bien. Pour les chrétiens, la bénédiction de Dieu trouve sa plénitude en Jésus le Christ, mort et ressuscité : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ » (Lettre aux Ephésiens 1,3). Jésus nous manifeste combien Dieu nous aime, et vient, comme sur le chemin d’Emmaüs, marcher avec chacun de nous. Etre béni « au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit » c’est accueillir la force, le réconfort et la lumière de l’amour de Dieu. En demandant et en recevant la bénédiction de Dieu, les pèlerins cherchent à être en confiance, à vivre plus profondément cette belle expérience du Chemin, à croître dans leur foi.

Ainsi le prêtre ou l’évêque, après avoir accueilli les pèlerins et les avoir invités à se présenter les uns aux autres, prend le temps d’évoquer les enjeux du Chemin et leur propose de recevoir la bénédiction de Dieu. Les paroles sont très simples et nourries des images mêmes du Chemin. Ainsi il est demandé à Dieu, tout au long de la route, de manifester aux pèlerins son amour et de permettre à ceux qui Le cherchent de Le trouver. Puis on implore sa protection : qu’elle soit comme un ombrage dans la chaleur du jour, une lumière dans l’obscurité de la nuit, un soulagement dans la fatigue, et un abri dans les intempéries. Et finalement on prie Dieu de permettre aux pèlerins de parvenir sans difficulté au terme de leur pèlerinage.

Après s’être confiés à Notre-Dame du Puy, les pèlerins quittent la cathédrale, descendent les grands escaliers de l’antique sanctuaire, traversent la vieille ville et commencent à gravir les premières montées du Chemin. Ultreia !

+ Luc Crepy

Evêque du Puy-en-Velay

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Eclairages spirituels