La magie de l’accueil

Accueillant et coordinateur de l’équipe de la seconde quinzaine d’août, Pierre Huchard a accepté l’invitation de la Lettre de Webcompostella à témoigner de son vécu. Voici son texte, qui dit tout de la pertinence de cet accueil francophone.

« Je me sens accompagné sur le Chemin par une petite lumière tellement les accueils dont j’ai fait l’objet ont été magnifiques. »

Le résumé du cheminement d’un pèlerin lors du partage de l’après-midi ne surprend guère tant on devine sur les visages présents lors de cet échange non seulement la joie indicible d’être arrivé au bout de ce chemin mais surtout le bonheur de l’avoir parcouru dans de bonnes conditions.

L’accueil francophone de cette dernière quinzaine du mois d’août a démarré sur les chapeaux de roue. L’atmosphère à Saint Jacques de Compostelle était aussi chaleureuse que la météo. Beau temps permanent malgré quelques passages nuageux. Si le masque était obligatoire dans les espaces fermés, on distinguait qu’à l’extérieur, sur la Praza da Obradoiro par exemple, de nombreux piétons continuaient à le porter. Cette obligation sanitaire n’a cependant jamais pesé sur le moral et le comportement de la majorité des pèlerins francophones malgré les recommandations plutôt alarmistes qu’on leur avait donné au-delà des Pyrénées. Bien leur en a pris.

La magie de l’accueil

Pierre en plein accompagnement de la visite spirituelle…

En cette année de Covid, année sainte exceptionnellement prolongée par le pape François, il fallait se munir de l’espérance de l’apôtre Jacques pour décider d’aller le rencontrer. Ils n’ont pas été déçus. « Beau chemin, hébergements accueillants malgré la limitation des capacités, rencontres inénarrables, fraternité incroyable. » Toutes les expressions passe-partout du pèlerin de Saint Jacques ont été utilisées. La grande différence par rapport au récit que l’on peut en faire c’est que quand on expérimente vraiment cela sur le chemin, passé le premier moment de méfiance, c’est tout simplement magique.

Après les moments d’émotion communiquée par les pèlerins, il fallait quand même être prêt à les accueillir en toutes circonstances. Du pèlerin mécontent de n’avoir pu obtenir la Compostela le jour même alors qu’il avait cheminé de longues semaines à celui complètement perdu dans cette ville, ne sachant pas où loger, l’accueil francophone a dû mettre en œuvre de nombreuses ressources pour le mettre à l’aise dans un premier temps afin de recueillir ses demandes avec bienveillance et agir pour lui avec compréhension.

La bénédiction du pèlerin en fin de messe du matin a permis aux participants d’atterrir au bout de leur chemin avec la reconnaissance explicite de leur statut, tout en partageant cette grâce non seulement avec leurs proches mais avec toutes les relations qu’ils ont pu établir en chemin, sans oublier la continuité du Chemin qu’il leur appartient encore de tracer. Ceux qui étaient apaisés sont partis rassérénés, les autres ont pu repousser leur timidité ou leurs réserves pour demander un entretien afin de recevoir le sacrement de réconciliation ou tout simplement pour entreprendre une conversation à cœur ouvert avec le père Augustin. Réconcilier le pèlerin de Saint Jacques avec l’être que l’on est dans la vie courante, quelle belle affaire !

 

Quelle intensité

Le clou du spectacle, aux dires de nombreux pèlerins, était la visite spirituelle. Faire parler de vieilles pierres n’est jamais une mince affaire surtout quand on n’est pas historien médiéval ou conservateur de musée. Mais en anciens pèlerins que nous demeurons, mettre en relation les valeurs exprimées par les allégories ou mettre en relief la signification du passage de la porte sainte, quelle grâce en cette année jacquaire. Cela a pu apporter un éclairage intéressant pour le pèlerin qui découvrait la visite mais a permis également de relier les émotions de celui-ci avec l’enthousiasme de l’animateur qui relit et partage son chemin par ce témoignage. Surtout quand un participant, par une remarque particulière ou une observation pertinente, enrichit l’exposé.

Le soir venu favorisait un repos opportun après une longue journée où les derniers échanges permettaient encore d’en revivre les instants marquants, de faire le point tout en tirant des éclairages. Il était temps de recharger les batteries pour une journée supplémentaire le lendemain. Quelle intensité ! que d’émotions et d’histoires enrichissantes avons-nous vécu lors de cette quinzaine ! S’il s’avère que de nombreux pèlerins francophones sont restés prudents et ont hésité à franchir les Pyrénées du fait de la situation et des conditions sanitaires, nul doute qu’avec l’expérience de cette année, les leçons puissent être tirées pour améliorer l’accueil des pèlerins et optimiser leur réception. En tout cas, Webcompostella fort de cette expérience, sort renforcé de cette saison, prêt à renouveler et approfondir l’écoute et le partage proposé aux arrivants à Saint Jacques de Compostelle ».

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Témoignages Tagués avec :