« Le Chemin m’a reconnectée à mon âme »

Elle n’était pas du tout branchée Compostelle. Et puis au fil des rencontres et de la vie, Céline entend parler du Chemin. Elle finit par prendre le départ… Et là, elle vit une expérience qui change sa vie.  Aujourd’hui, Céline s’apprête à être accueillante à Santiago. Elle  témoigne de son cheminement.

« Je ne suis pas catholique, même si j’ai eu une éducation chrétienne, et je ne suis pas partie pour des raisons religieuses. A dire vrai je n’avais jamais entendu parler du Chemin de Saint-Jacques, et je ne me serais jamais imaginé être concernée un jour.

Et puis… les épreuves de la vie. Normales. Humaines. Et puis, le besoin du sens, profond, lancinant, plus fort les années passant. Et puis, mon premier voyage seule sac au dos en Thaïlande, août 2018, pour prendre du recul sur mes choix de vie. Et puis, fin août 2018 : petit village reculé du Nord de la Thaïlande. Journée avec des Espagnoles, qui en m’écoutant, me « recommandent » de faire « le Chemin ». Elles ne l’ont jamais fait elles-mêmes. J’entends mais ne me sens pas concernée.

« Fais le chemin »

Et puis, ce même jour, dans la soirée : d’autres Espagnols que je ne connais pas non plus, autour de quelques bières. Nous parlons de cœur à cœur, de nos vies, et là, l’un d’eux, un Basque, me dit : « Tu devrais faire le Chemin ! ». Il ne l’a pas fait non plus. Je suis interpellée par la coïncidence et la répétition. J’écoute.

Je rentre en France et c’est le début d’un dépouillement drastique et éprouvant sur tous les plans. Me restent la santé et mon boulot. Aux vacances de la Toussaint, je vais me ressourcer dans un monastère bouddhiste en Angleterre. C’est « mon » lieu de retraite spirituelle depuis quelques années. Je sympathise avec une laïque italienne. Qui me dit un jour : « Fais le Chemin ! ». J’en ai encore des frissons en l’écrivant. Je n’y vois plus un message, j’y vois un « appel ». Sans savoir encore quand, comment, ni où, je décide donc de « faire le Chemin ».

Février 2019 : en formation à Lille, je veux acheter un livre pour occuper mes soirées. On m’a recommandé une librairie connue, Le Furet du Nord. J’y entre juste avant la fermeture. Pas le temps de chercher dans les rayons. Je regarde en tête de gondole. « Immortelle randonnée. Compostelle malgré moi » de Jean-Christophe Ruffin. Le titre me parle, je le prends. Je le lis dans la foulée. Et voilà: c’est CE Chemin que je ferai !

Une année sabbatique

Mars 2019 : dernière épreuve, coup de grâce, de Grâce : une jeune élève de 12 ans décède brutalement, et la manière dont est gérée cette mort achève de me heurter dans mes valeurs les plus profondes. Je ne veux plus adhérer à une institution qui enlève le Sacré de la Vie… Ce qui me restait d’ancrage, de « foi » dans les choses du Monde m’est enlevé aussi cette semaine-là : mon boulot. Je ne crois plus dans ce que je fais. Je décide de demander une année sabbatique. Pour l’anecdote, le Rectorat me dit que je n’ai statistiquement aucune chance de l’obtenir. Mon principal me convoque « amicalement » en me recommandant de garder le seul ancrage qui me reste dans le chaos qu’est ma vie à ce moment-là.

Mon cœur me dit de partir, de m’éloigner. Je fais ma demande en avril pour l’année scolaire suivante. Et sans attendre la réponse, sans réfléchir, je commence à préparer « mon Chemin ». Des chaussures, un sac à dos, des bâtons, une poche à eau, cartes, guides, Radio Camino… Ces moments de préparation sont mes moments de paix et de joie. Je me dis que je suis dingue, que c’est une fuite. Mais je continue. Ça donne un sens à ma vie à ce moment-là, ça me donne de l’énergie et de la joie. Les journées sont plus faciles, moins lourdes… Je ne sais encore pas quand je le ferai, mais ma décision est prise. 1 mois plus tard, j’ai une réponse positive du Rectorat : j’ai mon année sabbatique !

28 juillet 2019 : j’arrive à Hendaye en train. Je suis en vacances depuis une semaine. Et j’ai un an devant moi de « rien ». Je suis heureuse. Épuisée par cette année passée, mais heureuse. Je n’ai aucun plan pour la suite. Je fais un saut dans l’inconnu, et ça commence par ce Chemin. Ce sera donc El Norte et El Primitivo. J’ai décidé de ne rien prévoir, rien anticiper. J’ai le guide de poche Lepère pour El Norte, rien pour El Primitivo. Voilà comment mon Chemin a commencé. Ce qu’il a été, dès le premier soir, relève du Miracle. De l’Abondance. De l’Amour.

« Garde les yeux ouverts »

J’ai eu des ampoules féroces dès le 1er jour. Je vous laisse imaginer ce que marcher a signifié dès le début. J’ai cru devoir arrêter dès le 2ème soir. Mais voilà. J’ai reçu, dès le 1er soir, de l’aide. Et j’ai marché. J’ai finalement dû interrompre mon périple au 27ème jour de marche, à 6 jours de Santiago. Gastro fulgurante. Fièvre. Tension basse plusieurs jours d’affilée. J’ai dû arrêter et rentrer en France. J’avais vécu ce que j’avais à vivre, et j’avais à digérer (c’est le cas de le dire, je n’avais pas encore fait le lien avec ma gastro !). Ce que le Chemin m’avait appris : « Tu auras toujours ce dont tu as besoin, pas ce que tu veux, mais ce dont tu as vraiment besoin ». Et j’ai pour toujours en tête ce qu’une vieille dame basque, Rosa, hôtesse de l’Albergue, m’a dit le 3ème matin, après avoir soigné mes ampoules et m’avoir pris dans ses bras : « Garde toujours les yeux et le cœur ouverts ». C’est aussi elle, qui m’a donné le mot et le sens de ce « Ultreïa ! » qui nous est cher. Je l’ai reçu comme un baptême et une bénédiction.

Septembre 2019 : monastère bouddhiste en Angleterre. Le dépouillement continue : après cette expérience sur le Chemin, je ne sens plus rien dans ce monastère. Il s’est vidé de son sens pour moi… Je rentre chez moi. Jedécide de continuer à suivre les « flèches et les coquilles », les appels de mon cœur et les signes.

Octobre 2019 : je rends mon appartement, je vends et je mets en garde-meubles ce que je décide de garder. Je repars à A Fonsagrada. Je veux finir mon Chemin. J’arrive à Santiago le 6 novembre. En larmes. La ville était presque déserte à cette période de l’année. Je décide de ne pas marcher jusqu’à Muxia mais de rester à Saint-Jacques quelques jours où je me sens si bien. J’irai à Muxia une autre fois.

« Tout est incroyable sur le chemin »

Ce que j’ai vécu sur le Chemin est, comme pour beaucoup, incroyable. Il y a ce que l’on reçoit, directement, indirectement, d’inconnus, de pèlerins, de la Nature, de notre for intérieur. Notre cœur s’ouvre, jour après jour. Nos pas s’affermissent. On devient plus vulnérables et plus forts. Plus forts et plus transparents à « Autre Chose ». Tout est coïncidence incroyable sur ce Chemin. On reçoit dans le très concret : l’eau, la nourriture, les paroles de réconfort, la compagnie quand la solitude devient trop insupportable, les gestes, les compagnons pour quelques jours ou à jamais. On est inspiré, aidé, et on est source d’inspiration et d’aide.

Et puis, il y a les « Autres » expériences. Celles qu’on ne peut décrire ou raconter. Par crainte de passer pour une « mystique allumée », et parce que les mots ne peuvent dire le vécu. Même lorsqu’on les raconte, ça n’est pas « ça » exactement. En partant, je ne m’attendais à rien, je ne cherchais rien, sinon me « dépouiller » et me « laver » de beaucoup… Mais les expériences « Autres » ont transpercé mon cœur. J’y ai mis le mot de « Jésus », car c’est à lui ou par lui que je me suis sentie « envahie, unie » à trois reprises. Ça m’a inondée d’Amour et de Lumière. Ça donnait le Sens à ma vie. C’était ÇA que je cherchais.

A mon retour de Saint-Jacques, j’ai cherché dans des communautés chrétiennes une résonnance,une possibilité d’ancrer « ça » dans ma vie, une « appartenance ». Mais je n’ai pas trouvé d’écho. On me demandait de suivre des rituels, ou de me convertir. Je ne sentais pas l’âme, cet élan qui porte, qui ouvre, qui anime, qui donne de la joie tout en étant bien ancré, que j’avais vécu et partagé avec d’autres sur le Chemin. Je n’ai pas trouvé dans ces communautés ce que j’ai immédiatement reconnu en écoutant les partages des uns et des autres lors du week-end de formation avec Webcompostella.

« Revenir à l’essence de ce que je suis »

Je me sens vraiment très honorée de pouvoir participer à l’accueil de pèlerins à Santiago… C’est une manière, pour moi, de « rendre » un peu de ce que j’ai reçu sur ce Chemin. Comme un juste équilibre. Ce Chemin a changé ma vie, sur tous les plans. Il m’a reconnectée à mon âme, à « Plus Grand ». Il m’a reconnectée à la Foi, sans religion. Il m’a reconnectée à cette Source Spirituelle dont j’étais assoiffée sans pouvoir la nommer. C’est comme s’il m’avait permis de revenir à l’essence de qui je suis. Tout cela est encore en processus. Je n’ai pas la sensation d’être arrivée quelque part. C’est plutôt une porte vers mon âme et mon Cœur qui s’est rouverte. Le Chemin donne des preuves, dans le très matériel, combien nous sommes toujours protégés, aimés, accompagnés.

 Pour finir ce long partage, je voudrais juste ajouter, en clin d’œil, que si le Covid le permet, je vivrai ma première expérience en tant qu’accueillante de pèlerins les deux dernières semaines d’août 2021. Il se trouve que je reprends un poste d’enseignante le 1er septembre ! Cela voudrait dire, que j’aurai commencé mon Sabbat par Saint-Jacques, et que je le finirai par lui aussi ! Je trouve ça incroyable. Je me sens de nouveau habitée par cette « Grâce » qui m’a été donnée de vivre sur le Chemin. Je ne sais pas où tout cela me mènera, mais je suis profondément reconnaissante. Je continue de suivre, les flèches et les signes… Merci ! »

Céline

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Publié dans Témoignages