Le prêtre dans l’équipe accueillant les pèlerins francophones

Présence du prêtre dans l’équipe accueillant les pèlerins francophones à Saint-Jacques-de—Compostelle

Sollicité pour écrire un article sur la présence du prêtre dans l’équipe qui accueille les pèlerins francophones à Santiago je vais d’abord nous situer dans la ville. Mais en lien étroit avec le Chapitre de la Cathédrale. Et enfin quelques indications sur les différents types d’accueil dont celui du prêtre lui-même.

Santiago.

La ville attendue espérée, rêvée par tous les pèlerins.

Joie à l’arrivée et parfois déception car « on s’arrête là ». D’autant plus que cette année la Cathédrale est ouverte aux visites mais fermée au culte à cause de la réfection intérieure. Et les personnes qui accueillent connaissent ce type de sentiments car elles ont toutes accompli le Camino. Mais leur propre expérience ne doit pas recouvrir celle des accueillis. Pourtant ils vont souvent les aider à trier l’essentiel du superficiel. Ainsi font-ils remarquer que l’absence du Botafumeiro n’est pas si regrettable puisque que chacun peut se rendre à la tombe de l’apôtre et monter faire l’abrazo[1]. Cette démarche en conduira peut-être certains vers Celui que saint Jacques a fréquenté et pour Qui il a donné sa vie !

[1]Après avoir gravi les marches qui mènent à l’image de saint Jacques, le pèlerin donne un baiser à l’Apôtre qui lui tourne le dos, puis passe ses mains autour du cou de cette statue en prononçant à haute voix : “Ami, recommande-moi à Dieu”

Mais arpenter la ville est aussi riche d’enseignement par son architecture. Et le mode de vie des Espagnols tranche sur le nôtre : paroles faciles, repas nocturnes assez bruyants et d’autres détails.

Plus profondément, autour de la Cathédrale c’est le monde entier qui circule. La catholicité de l’Eglise se manifeste quasi expérimentalement. J’ai ainsi rencontré une catholique chinoise de Chine continentale, des pèlerines du Congo et même une Sibérienne, sans compter de nombreux Coréens…

Un lien étroit avec le Chapitre de la Cathédrale.

Ce Lien est indispensable.
En effet toute la pastorale des pèlerins à Santiago est coordonnée par le Chapitre de la Cathédrale. Et son Doyen, Don Segundo, veille attentivement et avec bienveillance, à ce que soient respectées les indications données à chaque groupe linguistique. Car Anglais, Allemands, Français et néerlandais ont chacun une pièce d’accueil au premier étage du lieu où se délivre la Compostela, Ruà Carretas. Et les accueillants sont convoqués par le Doyen tous les quinze jours pour être mis au courant de cette pastorale. D’autant que cette année c’est l’église San Francisco, toute proche, qui accueille la traditionnelle messe des pèlerins à midi.

Les différents accueils.

Le premier accueil est celui de la messe matinale habituellement célébrée à 9h à la chapelle du Saint Sauveur dans la cathédrale. Cette année à la chapelle de la Ruà Carretas à 8h. Occasion d’annoncer le partage de l’après-midi ainsi que la visite spirituelle de l’extérieur de la Cathédrale et la disponibilité du prêtre pour recevoir et/ou vivre le Sacrement de Réconciliation. Celui-ci est habituellement donné dans l’un des confessionnaux affecté aux Français toute la matinée. Cette année, une pièce isolée du premier étage permettait des entretiens discrets ou des confessions qui prenaient tout le temps nécessaire.

Car le pèlerin porte souvent une charge intérieure qu’il peut enfin déposer dans une écoute attentive et absolument discrète et aussi dans le Cœur de Dieu. Cette possibilité n’était pas offerte aux pèlerins de langue française il y a quelques années alors qu’elle l’était depuis longtemps pour les Germaniques (Allemands, Autrichiens, Suisses). Aussi ce ministère est-il nouveau même pour des prêtres plus âgés à cause de la durée du temps qui n’est pas comptée et des possibles relectures de vie en toute quiétude et dans l’Espérance de la Miséricorde divine.

Avec ce ministère sacramentel, le prêtre de l’équipe se doit aussi d’être attentif à chacun comme à l’harmonie du groupe. Car ce n’est pas évident d’aider trois ou quatre personnes si différentes, ne se connaissant pas au préalable, de leur permettre un « vivre ensemble », d’autant plus que c’est jour et nuit puisqu’elles ont un appartement commun et … bruyant : il est situé face à un magasin de boissons ouvert 24h. sur 24h. La fatigue aidant, les risques de nervosité, d’incompréhension, heureusement passagère, sont plus fréquents.

D’où la bonne entente nécessaire du prêtre avec chacun, particulièrement avec le coordinateur. Ce qui permet d’anticiper ces incompréhensions éventuelles ou de les résoudre. La prière, parfois assumée par toute l’équipe, est alors indispensable. L’an dernier, une des personnes de notre équipe n’arrivait pas à être en phase avec chacun au point d’espérer son départ. Puis, surprise, étant quelqu’un qui prie sincèrement, elle s’est d’elle-même mise en question et l’équipe d’accueil a pu retrouver une vraie cohésion.

Je terminerai en citant l’un de nous qui a trouvé que ce ministère sacerdotal à Saint-Jacques-de-Compostelle au sein d’une équipe d’accueil avait été « la période la plus intense de ses six années de sacerdoce. »

Frère Jean-Régis Harmel
Prémontré à Conques
Le 25 juillet 2019.

 

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