L’hymne à la vie d’une mère et sa fille pèlerines

Anne la maman et Gwenaëlle sa fille, à la Cruz del ferro. Un chemin commun pour remercier la vie…

Gwenaëlle et sa mère Anne ont fait le chemin Le Puy-Santiago en cinq tronçons, sur cinq ans. Pour rendre grâce à la vie d’avoir permis à Gwenaëlle de survivre à sa naissance…

Seul, peut-être, le chemin vers Compostelle peut offrir la belle histoire suivante…

Il y a 27 ans, le 30 mars 1994, à Orléans, Gwenaëlle nait prématurément. Le bébé est placé en couveuse, en état de grande faiblesse. L’entourage médical est pessimiste. « Profitez-en, il n’y a plus trop d’espoir » assure-t-il à sa famille. Nous sommes au début de la Semaine Sainte. Les parents de Gwenaëlle, croyants, mobilisent leur proches et amis pour prier. Un prêtre vient même chaque jour.  « Si Gwenaëlle survit, nous irons à pied avec elle à Compostelle » promettent alors les parents. Et la petite fille finit par basculer du côté de la vie.

En 2010, 16 ans après, Gwenaëlle décroche son bac. Et prend le chemin de Compostelle à partir du Puy, avec Anne sa mère, alors âgée de 50 ans. Le temps est venu de tenir le serment de 1994. « Mes parents avaient voulu me laisser grandir et me laisser le choix de venir » témoigne aujourd’hui, la jeune femme de 27 ans, avocate à Paris. Pour des problèmes de condition physique, le papa reste à la maison.

Pourquoi le choix de Compostelle ? « C’était le premier pèlerinage un peu sacré. Il représentait aussi une belle métaphore de ce que nous avions traversé. Mes parents étaient catholiques pratiquants. Moi, je le suis de plus en plus ».

« Fière de ma mère »

Les deux pèlerines rallient la cité de l’Apôtre en cinq tronçons, entre 2010 et 2015. « Nous ne marchions pas au même rythme. On avançait à part, mais on se retrouvait régulièrement » raconte Gwenaëlle. « Nous étions habituées à marcher, mais pas au long cours avec un sac au dos ».

Toutes les deux connaissent les (petites) peines et les (grandes) joies du chemin. « J’ai trouvé la partie espagnole, sur le Camino Frances, difficile. Nous avons traversé la Meseta en plein mois d’août ».

En revanche, il y a eu les rencontres. La plus marquante ? «  Ce jeune couple américain qui venait de se marier et qui étrennait son union sur le chemin. Lui, sportif, était à l’aise. En revanche son épouse l’était beaucoup moins. Elle était toujours loin derrière. Le mari alors glissait des messages d’encouragement sous des cailloux tout au long du parcours. C’est grâce à ces messages que sa femme a tenu ».

L’arrivée d’Anne et Gwenaëlle à Santiago est particulière. « Nous voulions arriver au lever du soleil, si bien que nous étions arrivés place de l’Obradoiro, à 6h du matin, en pleine nuit noire. Nous étions toutes seules ! ».

Mais quel bonheur pour toutes les deux d’être arrivées !. « Nous avons pleuré toutes les deux. L’engagement d’il y a 27 ans était tenu. J’étais super fière de ma mère. Il était temps qu’on arrive car juste après, maman est tombée malade. Elle n’aurait pas pu finir le chemin… ». Et Gwenaëlle d’ajouter : « Dieu a bien fait les choses finalement ».

Cette aventure commune a tissé un lien privilégié entre la mère et la fille.

Aujourd’hui, dans son travail, Gwenaëlle repense à  ce périple. Il lui rappelle le « lien avec la nature ». Le Camino vaut « dix ans de thérapie », aime-t-elle dire à ses ami.e.s. « On apprend à se connaître, à s’accepter ».

Mais la vie n’est pas toujours un long chemin tranquille. Depuis Compostelle, Gwenaëlle a vécu une rupture de fiançailles. Alors elle a décidé de reprendre la marche, cette fois-ci vers Rome, par la Via Francigena. Seule. Partie de Lausanne, elle est arrivée dans le val d’Aoste. Son chemin va se poursuivre prochainement. « Marcher, ça cicatrise » résume cette jeune femme, dont la force de vie vient de si loin…

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Publié dans Témoignages