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“Ma découverte de l’accueil francophone”

29 novembre 2021 | En chemin

Présent à Lourdes pour la Rencontre des 20 ans de Webcompostella, Michel témoigne de ce qu’il y a vécu. Et comment il a été convaincu de la pertinence de l’Accueil francophone pour les pèlerins arrivant à Santiago…

“C’était il y a deux ans. J’arrivai dans la cité de Santiago au mois de mai, après cinq semaines de marche, le cœur encore rempli de tous ces beaux moments vécus.

Le choc de l’arrivée à Santiago

L’arrivée en ville fut un choc. J’imaginai un bourg de province, c’était presqu’une mégapole. Brouhaha, agitation, le charme est rompu. Cathédrale fermée, échafaudages partout, pas de messe de pèlerins, pas d’accueil.

J’erre dans les rues, égaré, et je me retrouve au bureau des pèlerinages à faire la queue pour la « Compostela ». Je suis dans un jardin qui ne désemplit pas, au milieu de centaines de gens, à attendre mon tour. J’ai la ferme intention de quitter cette ville le soir même….. A cet instant, une dame se dirige vers moi, tout sourire : « Vous êtes français ? “Comment a-t-elle deviné ? La conversation s’engage. Pendant une bonne demi-heure, elle m’accompagne dans les rangs. C’est là que j’entends parler pour la première fois de Webcompostella.

Elle m’apprend qu’il y a, à l’étage, un Accueil francophone. Plus tard, le document en poche, je monte au premier. Quelques pèlerins sont rassemblés là avec plusieurs accueillants. On y sert à boire. Café ou thé ? Deux fauteuils, le confort. Chacun échange sur ce qu’il vient de vivre. Le courant passe vite. Les gars sont plein d’empathie. Ça rigole, c’est détendu, puis quelques témoignages plus profonds sont donnés. En sortant, je croise le frère Jean-Régis qui m’invite autour d’une table. Cet homme m’impressionne par sa qualité d’écoute et son regard, d’une grande bonté. Pendant près d’une heure, je lui conte mon chemin. Il est attentif et amusé. Un moment précieux, que je n’oublierai pas.

Le lendemain, réconcilié avec Santiago, je prends la route vers Fisterra.

La visite spirituelle des abords de la cathédrale, un temps fort de l’accueil francophone à Santiago.

 

La deuxième fois que j’entends parler de Webcompostella, c’est à Saint-Jean-Pied-de-Port. Nous sommes en septembre 2019 et je bavarde avec une personne responsable de plusieurs gites. Je lui confie que j’aimerais bien m’engager à l’Accueil francophone de Santiago l’été suivant. Il fait la grimace. « Tu veux participer à l’accueil à Santiago ? Fais attention, ils sont envahissants. Ils poussent un peu loin leur zèle religieux. Ils font du prosélytisme». Je comprends qu’il me parle d’intrusion. Venant d’un responsable hospitalier de plusieurs accueils, ces paroles m’intriguent. Ce jugement est tellement éloigné de mon vécu ! Manifestement, il ne connait pas ce qui se passe là-bas ; il en a entendu parler par ouï-dire. Mais l’écart entre ses paroles et la réalité du terrain m’interroge. 

Troisième acte. En octobre dernier, je reçois une invitation à participer au cinquième anniversaire de l’Accueil francophone. Je saute sur l’occasion et décide d’aller voir, un peu en observateur, pour me faire une idée plus précise. Ça se passe à Lourdes.

A Lourdes pour en avoir le coeur net

Tous les responsables de l’Accueil francophone sont là. Convivialité, joie des retrouvailles entre accueillants. Les réunions se succèdent : annonces diverses, actualité pèlerine, témoignages. Parmi les informations, un chiffre m’interpelle : chaque année (hors période Covid), trois à cinq mille marcheurs passent par l’accueil francophone.

Le soir, alors que nous sommes réunis avec quatre collègues dans le salon, la conversation se prolonge. Je cherche à mieux comprendre ; je me tourne vers mon voisin de droite :

    • Cinq mille pèlerins ! Comment vous faites avec tous ces gens si différents qui arrivent à l’accueil. Il y a des chrétiens, des gens athées, des protestants. J’ai même croisé des bouddhistes sur mon chemin ! Vous n’êtes pas trop intrusifs ? J’ai entendu quelques critiques sur l’accueil à Santiago.
    • Attends ! Ici, il y a deux maitres-mots : l’écoute et le service*. On est là normalement pour servir.
    • Oui, et c’est un peu un service à la carte. La première chose, c’est d’ouvrir un lieu de rencontre pour tout le monde sans exception. Le pèlerin, quand il arrive à Compostelle,, il vient de vivre une aventure unique. Mais il a souvent cheminé seul ou en compagnie d’étrangers. On lui ouvre un espace où il va pouvoir se raconter, retrouver des compatriotes, fraterniser.
    • Pour la partie spirituelle, on met les gens à l’aise. Le gars qui est allergique à l’église, ou d’une autre confession, il nous quitte à ce stade. Mais il part toujours heureux et reconnaissant. Il vient de goûter un moment confraternel. Il a parlé français, trouvé une oreille attentive….
    • Ceux qui veulent aller plus loin, on leur propose un échange spirituel. Un prêtre est là, qui invite à une rencontre individuelle, puis à une messe. Le pèlerin peut déposer ses intentions de prière qui seront relayées par d’autres communautés.

“Cela sonne juste”

Ces paroles aiguisent mon intérêt. Tout cela a du sens, tout cela sonne juste. Le contraire de l’intrusion.

Et je me mets à penser à tous ces marcheurs-pèlerins, partis de chez eux avec, sur leurs épaules -encore plus lourd que leur sac – un souci, un deuil, une rupture, ou cherchant tout simplement un sens, une direction pour leur vie. En déposant à l’Accueil francophone leurs intentions, ils savent qu’elles seront portées, relayées dans la prière tout au long du retour, et même au-delà. Ils se sont arrêtés de marcher, mais leurs intentions vont continuent de cheminer, de proche en proche, de communautés en communautés, de groupes en groupes, comme un soutien invisible et précieux.

Michel GOUT

*Une Charte met l’accent sur l’attitude que doit garder l’accueillant pendant son service. Quatre mots : servir, joie, humilité, discrétion.

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