Pas à pas, Claire soigne son âme…

Dans un livre volcanique, Claire Colette témoigne de son chemin vers Compostelle entre Clermont-Ferrand et Rocamadour. Un récit à « coeur ouvert » sur la Via Arverna en Auvergne. On y lit l’aventure d’une pèlerine qui  marche « jusqu’à l’os » de son âme. Cet ouvrage qui relie l’intime à l’universel, parlera forcément à chaque pèlerin…

Quelle aventure! A l’automne 2019, Claire Colette, ardennaise belge, décide « de remettre de l’inconfort dans son existence » de retraitée, pour partir en chemin. Seule. Sans réserver quoi que ce soit sur la Via Arverna, qui relie par un magnifique sentier en balcon, Clermont-Ferrand à Rocamadour. 460 km entre deux Vierges Noires comme le rappelle David Lebreton dans la préface du livre  Marcher à coeur ouvert, de l’Auvergne vers Compostelle  qui témoigne de ce périple.

Seule, par une météo incertaine… Claire Colette a choisi de « tout lâcher une fois de plus » pour « apprendre à désserrer des liens, à perdre des habitudes, arrêter le mouvement ».

Dans le ciel, un signe

Revoilà donc cette pèlerine intrépide en direction de Compostelle. Quelques années après avoir fait le Chemin de Louvain à Santiago. Trois mois qui lui avait permis de guérir d’une fibromyalgie et de remettre de la sérénité dans une existence tourmentée en raison d’une douloureuse histoire familiale. Une expérience racontée dans un précédent ouvrage, Compostelle, la saveur du chemin  (Academia).

Pourquoi cette fois choisir la Via Arverna ? La vision en avril 2019 d’un documentaire L’Age de la Marche   (lire par ailleurs) fait découvrir à Claire  ce chemin jacquaire « méconnu » qui emprunte les terres du Puy-de-Dôme,  de la Haute-Loire, du Cantal, de l’Allier, de la Corrèze et du Lot. Un chemin exigeant, dont la beauté se mérite…

Claire Colette va relever le défi, mais non sans mal. Elle frôlera même la catastrophe lors d’une étape de montagne (1700 m) dans les monts du Cantal. Le vent, la pluie la mettent en péril et elle ne doit son salut « qu’à une éphèmère trouée dans le brouillard » qui lui indique une voie de repli. « Dans le ciel, un signe »… Le matin, avant de partir, dûment avertie, la pèlerine avait pourtant le choix entre la vallée (plus sage) et la montagne (très risquée). Elle avait choisi la montagne…Et le risque.

Claire Colette aime ainsi se confronter à l’épreuve, d’où elle tire sa force car elle y met à l’oeuvre sa propre « ingéniosité »à trouver un équilibre subtil et salvateur entre le « lâcher-prise » en vogue et la complainte permanente destructrice et paralysante. Mais parfois les coups de pouce de la Providence arrangent bien les choses aussi…

Marcher, un exercice spirituel

Cet épisode spectaculaire situe le « mental » de notre héroïne. Mais il ne saurait occulter la richesse de ce pèlerinage qui sera à la fois une aventure physique forte et un riche voyage intérieur. Un périple fait de rencontres aussi intenses qu’inattendues avec de « belles personnes ». Comme ses petites Sœurs de Saint-Joseph à Massiac et leur « amour inconditionnel ». Comme  aussi ces quatre « Marie »…

Le livre de Claire Colette n’est pas un journal de bord de plus. Mais par morceaux de chemins choisis, l’auteure fait le lien entre sa vie personnelle et les grandes questions existentielles. Nous passons ainsi de l’intime à l’universel. De la « lisière de son être » à « la marche du monde ». Chaque pèlerin se reconnaîtra à un moment ou à un autre dans les interrogations, les doutes  à « coeur ouvert », les souffances de Claire Colette, en quête de son âme.

Riche d’une belle culture, la pèlerine (re)prend de la hauteur. Elle convoque ses souvenirs de lecture pour approfondir. Elle montre ainsi que la marche est d’abord un « exercice spirituel ». Et nous prenons conscience avec Pierre Teilhard de Chardin, cité dans le livre,  que « nous ne sommes pas des êtres humains vivant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels vivant une expérience humaine ».

Marcher nous ramène ainsi à l’essentiel. Un soir dans sa « chambre de nonne », la pèlerine Claire Colette se remémore ces vers d’une poètesse brabançonne du XIII, Hadewijch d’Anvers :

« Celui que l’Amour doit conduire à son achèvement

Doit parcourir de vastes étendues,

D’âpres sommets et des gouffres ;

Au plus fort des orages il cherchera son chemin

Afin d’être initié à son mystère :

 

Qu’il faut consentir au désert sans limites,

Cheminer sans repos par des plaines arides

Et se meurtrir aux arêtes

Des versants et des cîmes ;

Ou encore braver les torrents

Des abîmes sans fond

Afin de conquérir l’Amour

Par démesure d’amour.

 

Sur la Via Arverna, Claire a, par les risques pris, mais aussi avec les récompenses octroyées, expérimenté l’amour inconditionnel. On ne peut que souhaiter au plus grand nombre de personnes de marcher, de partir, d’oser quitter leur confort et de partir à l’aventure de l’Autre et de … soi. Pour leur propre bien, mais aussi aussi celui du monde.

Car l’auteure, optimiste, donne le mot de la fin à un autre aventurier pédestre, Alexandre Poussin : « la marche change le monde car elle change l’homme »…

Claire Colette

Claire Colette sur le chemin Via Arverna.

Marcher à coeur ouvert, de l’Auvergne vers Compostelle   de Claire Colette.
Préface de David Le Breton. Chemins partagés par Humbert Jacomet et Bernard Quinsat.
Editions Salvator, collection Chemins d’étoiles dirigée par Gaële de la Brosse.
89 pages. 16, 50 euros.

Eclairage
Une retraite marchante chaque année…

Merci Compostelle. En 2006, Claire Colette, 53 ans, à bout de souffle, marche durant trois mois, de sa Belgique ardennaise jusqu’à Santiago. Une décision radicale pour faire face à sa grande souffrance mentale et physique. Une souffrance qui trouve sa source dans une histoire familiale douloureuse. L’incroyable se produit. Le premier mois, Claire arrive à dompter sa fibromyalgie : « le chemin a pu m’apporter cette guérison, quel cadeau ! ». Le second mois, la marcheuse ouvre son coeur. Le troisième mois, la pèlerine chemine spirituellement. « J’ai refait alliance avec mon âme » témoigne aujourd’hui Claire qui a raconté tout cela dans son premier livre Compostelle, la saveur du chemin (Academia 2015).

Depuis 2006, elle marche chaque année durant une certaine période. Elle s’offre ainsi une « retraite ». « Je crois à la fertilité du partir », dit-elle. Cette remise en cause momentanée du confort, des liens habitués pour cheminer, « être en silence avec son âme », cette « part divine » qu’elle porte en elle.  Claire est retournée une seconde fois à Compostelle, en 2018. Elle a vu l’évolution. Elle est « éblouie » par « toute cette jeunesse en marche  sur le Camino Frances, que j’aime vraiment ». Bien sûr, il y a des parts d’ombre sur ce chemin de lumière. « Ca fait partie de la vie, mais celle-ci est si belle quand on y met de la bienveillance et de la compassion ». Claire aime enfin « la puissance émotionnelle » de l’arrivée à Santiago.

Et maintenant ? Claire s’est engagée sur un sacré projet à l’horizon 2024 :  « 9 mois, 9 femmes, 9 pays ». Sur les traces de Marie-Madeleine.

De Paris à Magdala en passant par Vézelay, Sainte-Baume etc.

En attendant, Claire Colette anime des ateliers de préparation à la marche au long cours et à la rencontre avec la nature.

Contact : claire.colette@skynet.be

Facebooktwitterredditpinterestlinkedinmail
Publié dans Témoignages, Voir et lire