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Témoignage d’un pèlerin blessé

18 juin 2022 | En chemin, Témoignages

Vitrail St René

Saint René ou le baptême de re-naissance

Encore une année de canicule. Je n’ai d’habitude aucun problème avec la chaleur, ni avec les tendinites, mais cette fois-là, avant d’arriver à La Souterraine, je ressens tout d’un coup un point dans le mollet, tel une lame, une douleur atroce. Je jette un coup d’œil au guide, je vois que je suis tout près d’un château. Au détour d’un bosquet, un panneau : Château de la famille de Charles de Foucauld. Ça alors ! Peu de temps avant, j’avais été au mariage d’un parent des Foucauld qui mariait sa fille et le père du marié m’avait raconté que le château de famille se trouvait dans la région. Une aubaine ! J’imagine alors tout un scénario. Je vais aller voir ces gens, ils vont m’accueillir et je vais enfin pouvoir passer une bonne nuit dans la chambre réservée à l’évêque ou…au roi. 

Vitrail : Saint René

En claudiquant, je traverse le village et parviens à une ferme, au bord de la route. Un paysan est là. Je m’approche. Oui, le château a bien appartenu à la famille Foucauld mais, il n’est plus à eux depuis une centaine d’années. Les propriétaires actuels sont des anglais que l’on ne voit d’ailleurs jamais. De toute façon, me dit-il, des dogues gardent les entrées du parc ; impossible que vous alliez dormir là-bas. Belle déception ! Mes espoirs de rencontrer les descendants de Foucauld s’envolent, et avec eux, mes rêves de sommeil dans une chambre à damas et un lit à baldaquin…

Où dormirai-je ce soir ?

Mes prétentions à la baisse, je lui demande alors si je peux passer la nuit dans la grange voisine. Il me répond : Oui, bien sûr, ma « concubine » va vous accueillir, venez, elle va vous offrir une tasse de café. Puis il me conduit dans une petite maison. C’est sur une colline. En contrebas, on distingue un petit vallon et en face, le village avec une église. Une jeune femme, très gentille, me reçoit, en effet, avec deux enfants, garçon et fille. Le petit est très agité et la fille, au contraire très paisible, posée, essayant de calmer l’ardeur de son jeune frère. A l’extérieur, j’entends le glouglou d’une eau de source qui se déverse dans une auge et fait naitre en moi l’envie d’un bon décrassage. La salle de bain est libre, me dit la dame. 

Après la douche, l’idée me prend d’aller faire un tour dans le village d’en face et de visiter l’église. Ma jambe est toujours très douloureuse ; au fond de moi, je ne suis pas emballé à la perspective d’une nuit sur la paille d’une grange. Clopin-clopant, je prends le chemin de l’église. A l’entrée du bâtiment, à gauche, je découvre la chapelle funéraire des Foucauld avec des plaques commémoratives. A droite, une autre chapelle avec un vitrail.

Dans la pénombre, j’essaie de déchiffrer la cartouche du dessous qui porte une inscription : Vitrail de Saint René. Je n’en crois pas mes yeux. J’ai visité toutes sortes de lieux de culte, d’églises, de cathédrales, d’oratoires, mais de ma vie, je ne suis jamais tombé sur un vitrail de saint René. Découvrir celui de mon saint patron dans ce coin quasi désertique, à des kilomètres de toute agglomération, a quelque chose d’improbable, de providentiel. J’en profite pour rester un moment en prière, confiant à Dieu ma blessure et la suite de mon périple, puis, tout en boitillant, quitte la chapelle. 

Sur la place du village, un homme est en train d’apprêter le monument aux morts avec quelques fleurs. Nous sommes un treize juillet et on se prépare pour célébrer la Fête Nationale. Je m’approche et m’enquiers auprès de lui d’un hôtel pour la nuit, lui racontant mes problèmes de mobilité. L’homme m’écoute avec bienveillance puis, souriant, il m’apprend qu’il est médecin. Il m’offre aussitôt de me conduire à un hôtel.  D’après lui, mon état nécessite plusieurs jours de repos. Inutile de songer à reprendre la route dans votre situation, me dit-il. 

Impossible de reprendre le chemin ? …

Que faire ? Je retourne à la chapelle, je réfléchis. Dilemme. Soit la chambre d’hôtel, soit la grange et la paille. Tout de même, si ces braves gens m’accueillent, si je tombe sur un vitrail de Saint René, ce n’est pas pour que je m’enfuie aussitôt dans un hôtel ! Je retourne voir le médecin et je lui fais part de ma décision : je reste. Sur le chemin en pente, je remonte vers la maison. Je m’étonne de la vitesse à laquelle je gravis la colline.

Pas de doute, je ne rêve pas: la douleur au mollet a complètement disparu. Le soir, c’est d’un cœur joyeux que je rejoins la grange et m’installe pour dormir. Les deux enfants s’égaillent autour de moi ; ça les amuse de voir ce type coucher sur un lit de paille. Ils m’entourent, tout heureux de leur nouveau terrain de jeu. Le garçon est turbulent, excité par cette aventure, mais, je suis encore frappé par l’attitude de la petite fille. Elle dégage une impression à la fois de délicatesse et d’autorité envers son frère. Je suis étonné par autant de calme et de maturité pour son âge. Je m’endors avec l’envie de rire ; la situation est cocasse : je rêvais d’un lit de roi et me voilà dans le foin, avec les animaux. 

Le lendemain matin, je vais prendre congé de la dame. Celle-ci me retient un peu avant de partir. Je sens qu’elle a envie de parler. 

– On n’y comprend rien, nous, à ces histoires de religion. Nous, vous savez, on est communistes, alors l’église…. Elle m’avoue qu’ils ne savent pas que penser de ces pèlerinages, de ces chemins de Saint Jacques… Je sens qu’elle veut me confier quelque chose. Elle continue : 

On se pose des questions, quand mêmeMa fille, tous les jours, elle prend son vélo et elle va là-bas à l’église. Elle entre dans la chapelle, on ne sait pas ce qu’elle fait. Elle y reste un moment, puis elle ressort. Pourtant, on ne l’a pas élevée comme ça. Un jour, elle est revenue en demandant le baptême. On savait même pas ce que c’était. Son père a dit alors : « on va lui donner le baptême républicain », mais la petite, c’est le baptême chrétien qu’elle voulait, ou alors rien du tout. Puis on s’est renseigné et finalement, on va lui donner le baptême. Je sais pas ce qu’il lui prend, à notre fille…  

Cette église est consacrée à Saint René et je lui explique que ce saint est connu et vénéré pour accompagner les baptisés. Je lui conte ensuite la légende de Saint René. Elle me regarde, incrédule mais touchée ; je sens qu’elle aurait bien prolongé la conversation, mais la route m’appelle. Je les quitte à regret, remerciant le ciel d’avoir mis sur mon chemin ces gens simples et bons qui m’ont tendu la main ; lui demandant de bénir ce couple qui va franchir pour la première fois le seuil d’une église pour assister au baptême de leur fille.  Puis c’est d’un pas assuré, libéré de toute douleur, que je prends le sentier qui me conduit vers Compostelle. 

Michel Gout

Témoignage de René de la Portalière

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