« Transformer une marche en Démarche »…

Philippe Gallet, de Marguerittes (Gard) nous livre son témoignage de pèlerin. Il a  marché vers Compostelle au printemps 2017. Du Puy à Santiago. Il nous fait part  de son expérience et de sa volonté de transformer cette marche en Démarche.

Philippe le pèlerin au passage d’un pont sur le plateau de l’Aubrac.

Philippe le pèlerin au passage d’un pont sur le plateau de l’Aubrac.

« J’ai lu avec beaucoup de plaisir le témoignage de Louise, publié sur le site de Webcompostella récemment. Je suis pour l’instant dans la quête de cette foi pleine et entière, qui submerge son cœur et qui lui a permis de dépasser une étape de sa vie très douloureuse.

Comme peut-être un certain nombre des personnes qui choisissent de faire cette marche, j’ai compris,  avec du temps, qu’elle pouvait avoir le sens  d’une Démarche ; une « quête » qui aurait pour objet de retrouver ma foi enfouie sous la poussière et  l’abandon.

Le carnet de route qui m’a accompagné du 02 avril  au 09 juin 2017 commence d’ailleurs ainsi :  «Pour lutter contre l’oubli, et se rappeler, pourquoi pas, que cette marche se sera peut-être transformée en Démarche, je griffonne ce papier, le temps que cette parenthèse soit achevée. »

Nous sommes partis avec mon épouse, du Puy en Velay, par étapes successives,  jusqu’à  Estaing. Elle avait profité de congés pour faire le Chemin avec moi sur cette distance. C’était une première,  nous avons encore appris de nous. Puis j’ai poursuivi ensuite, seul, jusqu’à Santiago. Je suis heureux de la compréhension dont a fait preuve Maria à cet égard. Je n’avais jamais été seul, je n’étais jamais parti seul.  Cette expérience est  l’un des moments de ma vie les plus marquants.

Le Chemin m’a permis de réfléchir profondément  au sens de mon existence, aux difficultés qui m’avaient récemment submergé et aux raisons de mon départ.

J’ai rencontré de nombreuses personnes ; quel que soit le sens de leur déplacement sur ces sentiers et chemins caillouteux, je suppose qu’elles y attachaient toutes une grande importance.

Je pense à Fabienne  qui m’a offert l’hospitalité à Espeyrac. Nous avons partagé  une réflexion sur la spiritualité et…Une excellente tarte aux orties cueillies dans son jardin- L’accueil inoubliable à l’Abbaye de Conques, par les Chanoines de Mondaye, avec découverte guidée du tympan  de l’église  «le Jugement dernier», par un frère,  qui nous a permis  également  d’assister à son interprétation originale, à l’orgue d’église, des tubs de Johnny,  qui ont fait résonner les voutes de l’abbatiale

A Figeac, je partageais ma chambre avec Ryoichi, de nationalité japonaise. Quelques mots d’un anglais très mauvais pour ma part, nous avaient rapprochés un instant ; la vue des photos accrochées sous la poche de mon sac à dos, de mon frère, de ma grand-mère et de ma belle sœur disparus bien trop tôt et qui m’accompagnaient malgré tout, avaient dessiné sur le visage de Ryoichi l’expression d’un grand sentiment de compassion et de tristesse,  accompagné d’un long silence. Cet instant m’a beaucoup ému ; il m’a aussi donné de l’espoir dans la nature humaine- A Zabaldika après Ronceveaux, Fu-Si, un pèlerin Suisse a tenu à me donner ce qu’il portait de plus précieux, le foulard de scout de son enfance. Pedro et Teresa, les hospitaliers de l’Albergue paroissial de  Zabaldika ont marqué le souvenir de ce chemin… Je leur dédie les quelques rimes écrites hier. Je croisais la route de Lionel, policier retraité australien, avec qui nous échangions sur ce point commun. De Léon à Triacastela, j’ai marché  avec Marco, jeune italien, dont je ne comprenais pas la langue. Nous avons pourtant eu plaisir à marcher ensemble une semaine, à se restaurer et à dormir dans les mêmes endroits, avant que chacun ne reprenne son chemin personnel.

Lorsque l’épreuve était dure, j’ai prié…Souvent. J’ai eu le sentiment de faire ce parcours sous la protection d’une force supérieure. Cela a apporté beaucoup de sérénité à mon parcours.

J’ai pu d’autant mieux profiter de chaque instant que j’ai eu le sentiment d’être dans une recherche active de la lumière et de m’en être rapproché à cette occasion, d’en avoir ressenti la chaleur.

J’ai eu également le sentiment d’être l’un des maillons de cette chaine des pèlerins qui ont fait ce parcours depuis le Moyen-Age. Leur présence est partout tout au long du chemin. Elle m’accompagnait sur les sentiers et dans chaque chapelle ou église où l’on pouvait s’arrêter.

Cette expérience m’a permis de comprendre, enfin, qu’elle n’était pas une simple parenthèse dans mon existence. Le Chemin continue pour moi, la Quête aussi. Alors, je reprendrai le sentier dès que possible pour aller encore, au-delà, et trouver, je l’espère, la Confirmation de ma foi.

Je vous souhaite un bon Chemin ».

                                                                Philippe.

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Publié dans Témoignages