Un chemin de croix

Qui  n’a jamais éprouvé les affres de l’angoisse, la peur de la souffrance et de la mort, l’absence absolue du deuil d’un être cher, la tentation du désespoir ? Jésus, l’Amour crucifié, l’a vécu, Lui, le Fils de Dieu : il l’a vécu comme un homme avec l’intensité d’un Dieu. Il l’a vécu dans sa chair pour que tout homme éprouvé puisse le vivre à sa mesure avec Lui, sur la croix, quand Lui le vit pour tous, avec tous et chacun. Son chemin de croix est le nôtre et le nôtre est le sien par son infinie compassion.

Première station : Jésus est condamné à mort

Heureux ceux qui sont dans le deuil, ils seront réconfortés (Mt. 5,5)

Notre vie est chemin de deuils successifs, comme un pèlerinage nous entraîne de détachement en détachement, vers le sanctuaire d’un saint qui a passé la mort et que nous allons vénérer pour passer en espérance, au-delà, comme lui. Pèlerin, n’as-tu pas aussi, bien des abandons à vivre, comme des deuils, pour t’abandonner à la volonté de Dieu ?

Aujourd’hui, confinés par peur ou par raison, renonçant à une part de nos libertés extérieures comme des prisonniers condamnés, sommes-nous innocents ou coupables collectivement ? Et de quoi ?

Jésus, toi qui a pris sur toi nos condamnations,
libère-nous du péché, libère-nous du péché qui nous vaut la mort !

Première station

Deuxième station : Jésus est chargé de sa croix

Celui qui ne prend pas sa croix pour marcher derrière moi n’est pas digne de moi. (Mt 10, 38)

Oh ! Combien sont lourds à porter certains jours, certaines périodes, certaines vies. Parfois, il nous arrive de douter de la Parole de Jésus nous assurant que nous n’avons pas de croix impossibles à supporter… Mais, dans ces moments, croyons-nous bien que Dieu les porte avec nous ? Et parfois, n’alourdissons-nous pas nos croix comme le pèlerin parti avec un sac trop lourd, ne sachant se passer du superflu ?

Seuls, enfermés par un virus agressif, nous n’avons plus toujours les moyens de nous distraire du poids de notre existence, et nous nous retrouvons écrasés par nos croix.

Jésus, toi qui t’es chargé de nos croix au calvaire,
allège nos fardeaux pour libérer notre enthousiasme à te servir.

Chemin de croix

Troisième station : Jésus tombe pour la première fois

En vérité, en vérité, je vous le dis : si le grain de blé ne tombe pas en terre pour y mourir, il reste seul. C’est quand il meurt qu’il porte beaucoup de fruits. Celui qui tient à sa vie la détruit, mais celui qui méprise sa vie dans ce monde la sauvegarde pour la vie éternelle. (Jn.12 , 24)

Humainement  écrasé par la haine des hommes, Jésus tombe mais continue l’œuvre du salut de son Père pour que tout s’accomplisse.

Le pèlerin au long cours se décourage et cale. La tentation de l’abandon l’envahit. Mais le Seigneur est là et va le relever. Le pèlerin doit accomplir l’œuvre entreprise. 

Qui, en cette période de confinement, n’a pas un jour eu cette tentation : « j’en ai marre, je ne veux plus rester enfermée ! » hurle une jeune adolescente dans la rue, avant de revenir à la raison, pour elle, pour les autres, pour tous.

Jésus, relève-nous !
Nous relever c’est déjà nous relever d’une mort, nous ressusciter !
Augmente en nous l’espérance de la résurrection !

troisième station

Quatrième station : Jésus rencontre sa mère

Pendant que Jésus parlait ainsi, du milieu de la foule une femme éleva la voix et lui cria : “Heureuse celle qui t’a porté et qui t’a allaité !”  Lui aussitôt répondit : “Heureux, plutôt, ceux qui entendent la parole de Dieu et qui la gardent !” (Lc 11, 27)

Dans l’épreuve, et notamment dans l’épreuve ultime, la présence consolatrice et aimée aide à supporter la souffrance si solitaire.

Combien de personnes confinées, trop privées de rencontres, se désolent dans les hôpitaux et les maisons de retraite ou chez eux : « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gen. 2,1) c’est pourquoi « je suis avec lui dans la détresse » (ps. 91). C’est toujours la rencontre qui relance la dynamique du pèlerin découragé par la dureté du chemin. Combien faillirent abandonner… Et reprirent la route suite à une rencontre providentielle ?

Jésus, merci de nous offrir ta mère comme à Jean :
« Voici ta mère »,
pour nous aider sur le chemin de la vie : prenons-la aussi chez nous !

quatrième station

Cinquième station : Simon de Cyrène, requis pour aider Jésus à porter sa croix

Viens en aide à ton prochain autant que tu le peux, mais veille à ne pas tomber toi-même. (Sir.29, 20)

Ne sommes-nous pas requis à porter un peu de la croix des autres ? La compassion pour la souffrance du Juste ne s’exerce-t-elle pas aussi pour la souffrance de nos frères ? Pas une compassion seulement sentimentale mais une compassion en acte qui, s’adressant au frère s’adresse à Jésus : « en vérité, je vous le dis, dans la mesure où vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt. 25)

Ce virus nous donne bien des occasions de redoubler de charité inventive pour porter les croix des autres.

Dur est le chemin de notre pèlerinage, quand le poids de nos vies est trop lourd ! Heureux celui qui nous aide à « vider notre sac » !

Jésus, tu nous as dit :
« charger-vous de mon joug et mettez-vous à mon école,
car je suis doux et humble de coeur,
et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger » (Mt. 11,28)
Aide-nous à prendre ton joug,
que nous puissions prendre le joug de nos frères.

cinquième station

Sixième station : Véronique essuie le visage de Jésus

Et maintenant je sais que vous ne reverrez plus mon visage, vous tous parmi lesquels je suis venu prêcher le Royaume.  (Ac. 25, 28)

« Dieu créa l’homme à son image » (Gen. 1,27), mais le vice et le péché l’ont défiguré, comme la souffrance et la maltraitance. 

En ces temps de pandémie, la mine des soignants sous pression s’allonge, leurs traits se creusent derrière les masques. La prière des croyants, les attentions multiples, comme le courrier de l’arrière arrivant sur le front en temps de guerre, la solidarité professionnelle, aident à tenir bon. 

N’y a-t-il pas toujours la présence d’une « Véronique » pour retrouver visage humain, un riverain qui donne à boire au pèlerin harassé par une méchante canicule ?

Jésus, suscite beaucoup de Véroniques  sur le chemin de croix des hommes,
pour que l’humanité se rapproche toujours plus de ta ressemblance.

sixième station

Septième station : Jésus tombe pour la deuxième fois

Les soldats lui enlèvent ses habits et le couvrent d’un manteau rouge,  puis ils tressent avec des épines une couronne qu’ils lui mettent sur la tête : “Salut, roi des Juifs !”  Ils lui crachent dessus, prennent le roseau et frappent sur sa tête. (Mt. 27, 30)

Dans nos vies, nous avons la fâcheuse habitude de trébucher sur le même caillou et de tomber dans la même ornière de nos failles. Si le Malin change ses stratégies, il utilise toujours les tentations efficaces. Jésus, lui, tombe d’épuisement.

Le corona (couronne) ressemble, parait-il, au microscope électronique, à une couronne d’épines : royale dérision pour un agent maléfique ! Non, le Royaume de Jésus n’est pas de ce monde comme l’homme n’est pas le Roi du monde ! Ce qui nous vaut la chute aujourd’hui, comme toujours, c’est notre désobéissance, en se croyant toujours invulnérables et sûrs de nos pauvres connaissances prétendument plus fortes que Dieu.

Le pèlerin présomptueux risque aussi de chuter, d’échouer, n’ayant confiance qu’en ses propres forces. Confie-toi à Dieu, pèlerin, et adviendra ce qu’Il voudra !

Jésus, comme toi, je dis au Père :
non pas ce que je veux, mais ce que tu veux.

septième station

Huitième station : Jésus rencontre les femmes de Jérusalem

Voyez : alors que vous étiez loin de l’obéissance à Dieu, c’est leur désobéissance qui vous a obtenu la grâce.   Eux aussi auront droit à sa miséricorde après cette désobéissance qui vous a valu la miséricorde.  Ainsi Dieu nous fait tous passer par la désobéissance, afin de montrer à tous sa miséricorde. (Rom.11, 30-32)

Les apitoiements et les lamentations ne sont pas toujours de réelle compassion. Jésus révèle aux affligés de ne pas se tromper de larmes : pleurons sur nos péchés qui peuvent nous valoir la mort, pleurons pour les âmes des tortionnaires qui se perdent. 

Les larmes de ces femmes soignantes au chevet des malades ou pleurant celui, qui, au bout, leur échappe, ne se mêlent-elles pas à celles des pécheurs contrits ? 

Avec le pèlerin, dans sa solitude qui le dispose à examiner sa conscience, pleurons de reconnaissance éperdue pour la Miséricorde infinie de Dieu.

Jésus, envoie-nous ton Esprit
pour réaliser ce qui nous sépare encore de Toi et des autres.

huitième station

Neuvième station : Jésus tombe pour la troisième fois

Je connais tes œuvres, ta charité, ta foi, tes services et ta persévérance. (Ap. 2,19)

Qui n’a pas persévéré dans l’erreur, dans la faute, dans le reniement, comme l’apôtre Pierre affirmant trois fois qu’il ne connait pas Jésus ! Qu’il est douloureux d’être renié des plus proches !

Nos lâchetés et nos peurs nous déshonorent, quand nous nous dérobons à l’assistance de notre prochain, malade, contagieux, mourant…

Le pèlerinage ne nous a-t-il pas appris à nous laisser déranger par une main tendue qui survient et qui bouscule notre programme ? 

Jésus, communique-nous ton courage
pour servir notre prochain sur le chemin de la vie

neuvième station

Dixième station : Jésus est dépouillé de ses vêtements

Puis Yahvé Dieu habilla l’homme et la femme avec les tuniques de peau qu’il leur avait faites. (Gen. 3, 21) 

Jésus est revêtu d’un manteau rouge évoquant la Royauté. Souvent, le vêtement signe, au premier abord, le statut social, l’honorabilité ou la richesse d’une personne et parfois, sa singularité. Dénuder une personne c’est la priver de son statut social protecteur, parfois construit de longue date et intégré à sa personnalité. Dénuder c’est donc découvrir sa vulnérabilité et éventuellement l’humilier : c’est le cas pour Jésus qu’on va revêtir d’un royal manteau rouge, avec la couronne d’épines, pour moquer sa prétention à se prévaloir du « Royaume d’en-haut ». Ainsi affublé comme un roi dérisoire, Jésus est paradoxalement reconnu comme un roi d’ailleurs !

« Mis à nus » dans notre quotidien qui n’a plus de représentation sociale, le confinement révèle que notre monde  peaufine une façade bien habillée, mais que le Royaume d’en-haut se construit dans l’humilité…
Le pèlerin, par commodité et désir d’appartenance au peuple des pèlerins, quitte ses attributs sociaux, et endosse la vêture pèlerine et … la coquille : c’est un dépouillement qui permet de retrouver une vie simple et des relations exemptes de représentation sociale. Bas les masques !

Jésus, soutiens aussi nos malades dénudés
et se confiant humblement à leurs soignants.

dixième station

11ème station : Jésus est mis en croix 

Pilate leur adressa encore une fois la parole, car il voulait relâcher Jésus, mais les cris devinrent plus forts : “Mets-le en croix, oui, en croix !” Une troisième fois Pilate leur dit : “Mais quel mal a-t-il donc fait ? Je ne trouve rien en lui pour une condamnation à mort. Je le corrigerai donc et je le relâcherai.”(Lc 20,25)

 

Humilié et rabaissé d’abord, Lui, le juste, cloué comme un brigand au milieu des brigands, Lui, le Tout-Puissant réduit à l’impuissance physique fixé sur deux poutres…

Quelle faute ai-je commise pour être détenu confiné ? Avec qui partager mon sort, cloué sur un lit d’hôpital sinon avec celui du Christ ? Mais même cloué sur une croix, fixé sur un lit d’hôpital, l’Amour peut encore tout et se répand contagieusement ! Quand le mal se déchaîne et se répand, l’Amour croît et se communique.

Combien de pèlerins stoppés dans leur élan par le confinement obligatoire ou pour raison de santé, combien de chrétiens dans l’incapacité de se nourrir du corps du Christ dans l’Eucharistie, sont unis au Christ crucifié ?

 

Christ Jésus, libère de ton impuissance apparente tout l’Amour
qui est nécessaire au monde pour faire Ta Volonté
et particulièrement à tous ceux qui sont entravés pour aimer.

Onzième station

 

12ème station : Jésus meurt en croix 

“Le Fils de l’Homme sera livré aux mains des hommes. Ils le tueront, et trois jours après sa mort il ressuscitera.” (Mc. 9, 31)

 

Dieu est mort et son Amour est semé à tous les vents de l’Esprit. Rien ne le fera plus taire, il se donnera dans toute Eucharistie, dans tout acte de charité, en chaque acte de sacrifice des saints et de chaque souffrance offerte pour le salut, en union avec la souffrance du Christ. La mort, depuis celle de Jésus, et à sa ressemblance, est un passage vers la Vie, éclaboussant le monde de l’Amour divin.

Que de petits gestes, d’efforts acceptés, de journées harassantes de soignants, sont comme des petites lumières qui éclairent notre quotidien, et qui, offerts en sacrifice d’action de grâce, sont semences prometteuses pour demain…

Si les antiques chemins sont parsemés de témoignages de pèlerins décédés au cours des âges, ces témoignages sont des occasions de prière offertes aux pèlerins actuels. . 

 

Jésus, ta mort a embrassé l’univers de ta miséricorde
et ta résurrection ouvert la porte du ciel aux sauvés.
Puisses-tu ouvrir le Salut à tous ceux qui peinent en ce monde
et notamment sur le « chemin de la vie parfaite ».

chemin de croix

13ème station : Jésus est descendu de la croix

Moïse pria pour le peuple, et Yahvé dit à Moïse : “Fabrique-toi un serpent-brûlant et place-le sur un poteau. Celui qui sera mordu le regardera et sera sauvé.” Moïse fit donc un serpent de bronze et le fixa sur un poteau. Lorsque quelqu’un était mordu par un serpent, il regardait le serpent de bronze et il était sauvé. (Nombres 7, 9)

Elevé vers le ciel comme une offrande au Père, Jésus Fils de Dieu, redescend vers la terre, recueilli par un disciple et sa « mère douloureuse » comme un fils d’homme. Comme Adam modelé avec la glaise du sol, l’homme y retourne et l’homme-Dieu y transite donc – corps inerte, immobile, reste et souvenir d’avant et état de passage pour que l’amour demeure lorsque le corps disparait. Ainsi, l’amour porté à l’homme Jésus se purifie et peut participer alors de l’Amour trinitaire.

Puissent les familles endeuillées ne pas souffrir encore davantage devant leurs morts de la distance imposée par l’exigence des gestes barrières.

Puissent les pèlerins savoir quitter leurs chemins d’en- bas pour gagner ceux d’en-haut et notre monde éprouvé pourra trouver le chemin du salut.

Jésus, augmente en nous la charité
pour que nos sentiments et nos attraits charnels soient purifiés,
transfigurés et ne s’adressent qu’à Dieu et à Dieu, en nos frères.

chemin de croix

14ème Station : Jésus est mis au tombeau

 Nicodème vint aussi, celui qui au début avait rencontré Jésus de nuit ; il amenait près de 100 livres d’huile, de myrrhe et d’aloès.  Ils prirent le corps de Jésus et l’enveloppèrent de bandes par-dessus les huiles parfumées, comme c’est la coutume chez les Juifs pour ensevelir. À côté de l’endroit où l’on avait mis Jésus en croix, il y avait un jardin, et dans ce jardin un tombeau neuf où personne encore n’avait été mis.  Comme la fête juive de la Préparation était sur le point de commencer, et que ce tombeau était juste à côté, Jésus y fut déposé. (Jn. 19, 39-42) 

Retourné dans les entrailles de la terre, la veille du Sabbat, jour béni et sanctifié par le Père, le Verbe est descendu au séjour des morts dans le silence, en attente de la Germination dans l’explosion de lumière de Pâques.

Si tous ceux en péril, ou se croyant en péril de mort savaient… que la mort n’est pas une fin mais un commencement… Comme les pèlerins arrivant au sanctuaire pressentent bien que la vie nouvelle commence là, le monde terrorisé par le spectre viral de la mort doit apprendre qu’un nouveau monde est à venir.

Jésus, apprends-nous sans relâche
que la mort n’est pas une incompréhensible fin
mais l’épreuve ultime, creuset d’une vie nouvelle.

quatorzième station

 

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Publié dans Prier